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Le rôle possible du français dans le cadre de la future défense européenne  

Auteur: Frederic Beaugeard Artiste de formation, Frederic Beaugeard, enseignant dans divers pays, notamment aux Etats-unis, est le signataire d'essais et d'analyses de prospectives geopolitiques (Monde Anglo-saxon, Europe, Quebec, Balkans). Il collabore aussi avec le Laboratoire Européen d'Anticipation Politique (LEAP/Europe2020).

                         À l'aune de l'affaiblissement durable des États-Unis dû à une financiarisation hasardeuse de son économie, son sabotage programmé des classes moyennes depuis Ronald Reagan, et l'émergence de nouveaux acteurs mondiaux tant économiques, culturels, que politiques, la position dite de "puissance douce" prônée par l'Union-européenne est de moins en moins tenable. En se repositionnant en Asie-pacifique pour contrer le renouveau chinois, tout en voulant reprendre pied en Amérique Latine, les américains se désengagent du théâtre européen de la Guerre froide en laissant une Europe démunie face a un conflit de grande ampleur à sa périphérie, ou même à de ponctuelles projections militaires nécessaires pour contrer par exemple actuellement les mouvements islamistes en Afrique saharienne. Il est dans l'intérêt de l'Europe de constituer sa propre défense, comprenant des forces d'interventions extérieures, et un complexe militaro-industriel autonome. Les derniers errements guerriers de l'administration américaine au Moyen-Orient, jouant maintenant des dissensions internes à cette région contre l'Iran, tout en continuant de vouloir déstabiliser la Russie dont ses rapports avec l'Europe, présagent du pire encore a venir. L'option de vassalité passive de l'Union-européenne n'est plus une solution d'avenir garantissant la paix et un développement économique harmonieux, si elle l'ait déjà été. L'Europe se doit de s'unir politiquement, de se protéger économiquement, financièrement, et culturellement notamment au niveau linguistique en se dotant des outils nécessaires à son indépendance, de manière intrinsèque, mais aussi contre un Monde Anglo-saxon intégré dont le système démocratique et les médias sont foncièrement corrompus.  

    Depuis la crise de 2007, le vrai visage d'une Amérique dont le gouvernement ne sert plus que les intérêts privés de ses multinationales et de son système financier prédateur, s'est fait jour en Europe. Attaques sur les dettes des états européens et refinancement forcé des banques de la zone Euro par pénurie organisée de liquidités interbancaires provenant des USA poussant à des politiques d'austérité dévastatrices et par baisse des prêts aux entreprises à un fort ralentissement économique, guerres monétaires par la planche a billet, manipulations des matières premières à la bourse de Chicago, maquillage des comptes et valeurs boursières de ses entreprises et fonds de pensions, et espionnage des élites politiques mais aussi industrielles étrangères alliées, sont perpètres pour rediriger les économies européennes vers le gouffre financier à crédit américain, et assurer l'hégémonie mondiale du dollar. Avant l'Euro par exemple, pendant 30 ans, 50% des bénéfices annuels effectués en France s'y dirigeaient pour assurer l'expansionnisme et le bien être des étasuniens. L'Angleterre, son cheval de Troie concourant à miner les institutions européennes ou son identité avec l'adhésion de la Turquie, est aussi en perte de vitesse. Si l'Ecosse prend son indépendance, une Flandre possiblement unie a la hollande prendra sa place en influence en Europe (et sans doute la région Bruxelles-Wallonie sera alors réunifiée à la France). La langue anglaise elle-même, est de moins en moins européenne suite a l'accroissement des populations des pays anglophones outre-mer. Mais la propagande néolibérale et néoconservatrice des élites tant américaines que britanniques, supposément victorieuse du communisme, étendue contre toute forme d'interventions étatique et au concept même d'état nation, n'a pas disparue avec Obama, bien au contraire. 

    Paradoxalement, l'Américanisme européen d'Après-guerre favorisé par une honte des méfaits de ses totalitarismes, est encore prévalant dans une Europe toujours aussi désunie politiquement. Il y est partout maintenant parfaitement acceptable de chanter carrément en anglais, ou d'en copier le style linguistique (non seulement musical), que de chanter purement dans sa langue natale. Depuis le XIXème siècle le français a été supplanté par l'allemand, puis par l'anglais dans les sciences (les publications dans le système libéral sont indispensables pour obtenir des crédits de recherche), et partiellement aussi en philosophie. Devenue la langue commerciale et diplomatique mondiale grâce à la victoire de l'Empire Britannique sur celui finalement français, elle a été de nouveau soutenu par le développement essentiellement américain du numérique chevauchant l'alliance des interventions militaires US d'avec leurs premiers réseaux de chaînes satellitaires d'information en continue. L'industrie médiatique de ce pays au marché intérieur homogène de 300 millions d'habitants, après avoir remboursé ses produits culturels, peut se permettre d'en inonder à prix cassés le reste de la planète. La dernière phase de mondialisation a vu les élites mondiales, dont les cadres des multinationales européennes, allégrement passer à l'anglais. Et la langue de communication des citoyens européens de différents pays entre eux est maintenant l'anglais, ceci jusque dans les cabinets ministériels. Avant peu, les classes dirigeantes dans leur ensemble et une grande partie des médias penseront aussi en anglais. Le cas du Québec, méprise tout en étant colonisé, est-il à rappeler  ? L'Union-européenne se doit de réagir. Comme lors de sa création pour contrebalancer le pouvoir de l'Allemagne avec le français comme langue de travail, elle doit non seulement développer à ses frontières internes l'apprentissage mutuel de ses langues actuellement en baisse à cause de l'anglais, en promouvoir les échanges culturels via entre autres une politique médiatique des diversités linguistiques selon de grandes régions européennes, mais aussi redonner une place a une langue commune. Sinon, l'anglais occupera la place laissée vacante. Ses liens d'empathie et son rayonnement culturel à ses frontières externes, comme internationalement, via sa variété linguistique risque d'en pâtir sérieusement. Sa cohérence identitaire et physique aussi. Comment imaginer une future union politique fédérale, d'états nations ou non, dont le gouvernement serait incapable de communiquer avec son administration et ses diverses institutions. Et dont ses langues, sans la fierté en plus d'une langue commune proprement européenne, ne seraient même plus des langues régionales mais des dialectes locaux, au mieux affiliées de loin a leur version d'outre-mer devenue plus importante. L'Eglise n'a-t-elle pas gardée le latin a usage interne ? La simple formation de grands partis européens, et la traduction tous azimuts risquent malheureusement d'être insuffisant. 

    Une fenêtre d'opportunité s'ouvre depuis la crise financière américaine, avec la remise en cause du modèle néolibéral anglo-saxon et le renouveau des peuples. De parier définitivement sur l'anglais comme langue mondiale est d'ailleurs prématuré. Par exemple, au Canada anglophone ce sont maintenant les produits culturels en chinois qui sont les plus importés. Après l'apprentissage d'une langue frontalière dès le plus jeune âge, une alternative à l'anglais avec une grande langue internationale, dont le français langue commune, serait à proposer. Un monde multipolaire est en gestation. Les BRICS, le Maghreb avec le projet d'Union-méditerranéenne, l'Union-africaine, et l'Amérique du sud ou le socialisme n'est pas mort, sont prêt à coopérer avec la volonté sociale démocrate européenne, qui suivant son modèle de puissance douce, tente d'établir de nouveaux standards économiques et politiques mondiaux. Il serait opportun maintenant de s'affranchir aussi en Europe du colonialisme mental Anglo-saxon en cours, en nous en donnant les moyens. L'enjeu en recréant l'usage d'une langue commune, est, comme pour un corps de métier avec un outil, d'en développer la pratique. Pourquoi ne pas, en se servant des brigades militaires franco-allemandes, développer cette structure de proche en proche, chaque pays coopérant avec les pays à ses frontières, maritimes comprises, pour constituer une armée européenne multilingue, dont le français serait la langue commune des officiers supérieurs. Les officiers français se devant bien entendu de parler au moins deux langues européennes. La France en contrepartie pourrait partager partiellement ses capacités nucléaires, et les adapter aux besoins et sentiments européens (mini pour arrêter les colonnes de chars et contre les places fortifiées, électromagnétiques détruisant capacités électriques et électroniques, et à neutrons préservant infrastructures et bâtiments). Les pays ayant une frontière commune avec un pays anglophone, serviraient ainsi de base aux liaisons avec des structures de l'OTAN, espérons à ce moment renégociées. Une coopération européenne globale avec le Maghreb et l'Afrique sub-saharienne francophone en serait facilitée. De même, l'établissement d'une solide confiance en Europe de l'est épaulée ainsi par ses voisins, notamment avec  la Pologne soutenant le projet de défense européen, aiderait a un pacte géostratégique avec la Fédération de Russie, ce qui stabiliserait durablement cette partie du Continent euro-asiatique.  

    Avec une voix distincte renforcée militairement, l'Europe serait plus a même de préserver ses particularismes culturels, de promouvoir l'originalité de ses institutions, et la valeur de son modèle de démocratie sociale. L'Angleterre pourrait enfin opérer son autocritique en retrouvant un rôle plus constructif par rapport a une Zone Euro par delà même validée, et face à un désir européen, non seulement continental, d'union politique renforcée. Les futures intégrations dans les Balkans, dans le Caucase, et celle de l'Ukraine en seraient facilitées. Avec une confiance retrouvée par cette nouvelle visibilité et un rôle plus actif, la psyché européenne se garderait plus facilement des tentations populistes de repliement face à une mondialisation vue comme subie, et resterait une société ouverte. Un sentiment cosmopolite d'appartenance des citoyens européens à un tout identitaire, conscient et pleinement dirigé, démocratique et politique, pourrait s'épanouir. Non un sentiment de dilution dans le fourre-tout multiculturel anglo-saxon, au laisser faire courtermiste et inégalitaire profitant essentiellement à ses élites. Le français, héritage historique ayant concouru aux fondements de la modernité européenne a encore un certain prestige, et plus que jamais pourrait par consensus servir de lien entre la variété de ses nations, leurs intérêts, leurs antagonismes, et leurs peurs, pour préserver la paix et la sécurité.
 
Frederic Beaugeard
02/12/2013
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Power to the EU
10/12/2013 19:38:09 | Par : Izzy
Excellent article! I agree that the European Union should work together.
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