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L'Ukraine entre l'Europe et la Russie

Le 21 novembre à Vilnius le président de l'Ukraine Viktor Yanukovych a fait savoir que son pays cessait les négociations avec l'Union européenne visant à établir un partenariat renforcé.

Au contraire, il a confirmé qu'il étudiait, en vue de les accepter, les offres russes visant à faire entrer son pays dans une sorte d'union douanière que la Russie est en train de mettre en place entre elle et un certain nombre de républiques telle que la Biélorussie partageant des intérêts stratégiques communs en Europe orientale.

Cette décision dès qu'elle fut connue a provoqué une vive protestation des négociateurs européens, notamment lituaniens et polonais, relayés au niveau des institutions de Bruxelles. On a parlé de chantage exercé par Moscou, concernant notamment les exportations de céréales de l'Ukraine de l'Est vers la Russie. Ce chantage aurait été destiné à empêcher un rapprochement politique avec l'Ouest, qui avait déjà été contré militairement il y a quelques années. En conséquences, des manifestations de rue provenant de mouvements politiques défendant l'entrée de l'Ukraine dans l'Union se sont déclenchées et se poursuivent au moment où cet article est rédigé.

Que pouvons nous en penser pour notre part? Nous pourrions être tentés de dire comme ces manifestants militant pour l'Union européenne que la Russie profite du début de retrait de l'Amérique et du manque de fermeté politique au sein de l'Union pour réaffirmer son ancienne domination sur l'Ukraine. Nous pourrions aussi être tentés de plaindre les pauvres citoyens ukrainiens avides de liberté qui vont se retrouver sous une férule autoritaire imposée par un gouvernement pro-russe.

Il ne faut pas sous-estimer cependant la complexité de la question. D'une part la Russie semble depuis quelques mois ou années avoir renoncé à exercer le véritable impérialisme qui était le sien sous l'Union soviétique. Le président Poutine n'est certes pas un démocrate à l'occidental, mais il mène une politique relativement modérée visant à jouer un rôle d'arbitre stabilisateur en Europe de l'Est et au Moyen-Orient. Ceci dit, il veut, et qui le lui reprocherait, continuer à décourager les continuelles immixtions de l'Occident dans la politique russe.

Or celles-ci d'autre part n'ont pas cessé. Il y a d'abord les efforts permanent des Etats-Unis pour déstabiliser de l'intérieur la société russe (le soft power). Sur le plan militaire, Washington, notamment par l'intermédiaire de l'Otan, continue à brandir des menaces qui scandaliseraient si elles étaient le fait de Moscou. Quant à l'Union européenne, il ne s'agit pas de petits anges bienveillants voulant le bien des populations ukrainiennes tels qu'ils se présentent volontiers. Les Polonais et d'autres représentants des anciennes démocraties populaires veulent manifestement, par Ukraine interposée, prendre sur la Russie actuelle une sorte de revanche au regard des abus de pouvoirs imposés il y a plus de vingts par l'URSS. Ajoutons que la montée des partis d'extrême-droite voire néo-nazis dans de nombreux pays de l'est-européen ne présente rien d'attirant pour beaucoup d'Ukrainiens modérés.

Enfin, sur le plan économique, beaucoup d'esprits avertis, à Kiev notamment, commencent à se demander quels avantages ils tireraient d'une adhésion à l'Union (sans parler d'une entrée dans la zone euro qui n'est pas envisagée). L'espèce de capitalisme sauvage qui profitent aux entreprises ukrainiennes dans leurs relations avec les Européens disparaîtrait sous le poids des réglementations. Les contraintes multiples que subissent dorénavant les plus pauvres des pays européens, sous l'égide de Bruxelles et du FMI, n'ont rien d'enthousiasmant.

Enfin l'Europe n'est pas seulement la patrie des droits de l'homme. C'est aussi un terrain de concurrence féroce entre grandes entreprises européennes, qui ne feraient aucun cadeau, profitant de l'union douanière envisagée, à leurs homologues ukrainiennes plus pauvres. A terme, au delà des entreprise européennes, l'Ukraine devra affronter, cerise sur le gâteau, une « concurrence libre et non faussée » avec les multinationales américaines, à la faveur du Grand Traité nord Atlantique soutenu à fond par Washington et auquel les Européens semblent par faiblesse devoir se résoudre.

L'avenir proche dira si l'Ukraine a eu raison d'accepter – certains diront de se faire imposer – un partenariat avec la Russie, et si celui-ci sera ou non durable. Mais il est certain que si s'établissait un véritable ensemble euro-BRICS, centré pour commencer sur un pôle européen-russe (auquel l'Allemagne pour sa part ne serait sans doute pas hostile) les perspectives tant de l'Ukraine que d'un certain nombre de pays européens seraient sans doute meilleures, à tous points de vue.

25/11/2013
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Nombre de réaction(s) : 1
Kiev berceau historique de la Russie
26/11/2013 11:09:55 | Par : JVL
J'approuve cette analyse et je vais même plus loin ... Qui pourrait contester la vocation naturelle de l'Ukraine à se situer dans la zone d'influence de la Russie?.... Il faut avoir l'ignorance des américains sur les réalités historiques et géographiques pour méconnaitre le fait que Kiev est le berceau historique de la "Sainte Russie" et que l'Ukraine, tout au moins sa grande partie orientale , a été pendant plus de 4 siècles au coeur de l'empire des Tsars, sa partie occidentale étant tantôt polonaise, tantôt allemande et souvent russe.... Vouloir séparer l'Ukraine de la Russie comme ont tenté de le faire les lobbies américains, ce dont nos européens "droitdel'hommisme" rèvent , c'est aller contre nature...
Ce n'est pas pour autant que les liens de l'Ukraine avec l'UE, et notamment avec ses voisins polonais ou baltes, doivent être négligés, que l'UE n'ait pas à encourager une évolution des moeurs politiques ukrainiennes en direction de la démocratie et que Kiev soit définitivement rejeté dans les ténèbres extérieurs... au prétexte qu'elle se situe dans l'orbite de la Russie de Poutine...
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