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Des investissements européens pour relancer la croissance

Le gouvernement français, président le Conseil Européen, devrait proposer une politique européenne intelligente de relance des investissements de recherche, formation et grands travaux, seule susceptible d'encourager une consommation durable. Mais il n'y songe pas. Jean Claude Mailly, secrétaire général de Force Ouvrière, est mieux avisé.

Dans un article précédent (" Dégradation du PIB de la zone euro" http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=113&r_id= )
nous nous étions demandé si cette dégradation devait être considérée comme une mauvaise nouvelle par les gouvernements européens et, si oui,  quelles mesures adopter pour provoquer une relance. Nous avions constaté que la diminution de la consommation, au regard d'objectifs dits de décroissance visant notamment à diminuer la consommation d'énergie et de produits industriels importés, n'était pas en soi une mauvaise nouvelle. Nous avions indiqué cependant que politiquement, les gouvernements sommés de réagir per leurs opinions seraient obligés d'adopter des objectifs de relance. Mais celle-ci devrait, pour ne pas accroître les pressions inflationnistes,  porter en priorité sur une relance des investissements de recherche, de formation et d'équipement. Cette forme de  relance permettrait ainsi de distribuer des salaires mais prenant la forme d'une politique de l'offre et non de la demande, elle apporterait très vite des contreparties en nouveaux produits et services susceptibles de satisfaire à terme des modes de consommation durable. Nous indiquions cependant que, pour être viable, une telle politique ne pouvait être envisagée qu'au niveau européen.

Force est de constater malheureusement qu'aucun gouvernement européen, confronté à la récession, ne veut, ni  relancer l'offre plutôt que la demande, ni se rapprocher des autres gouvernements et des autorités de l'Union pour concevoir une telle politique au plan européen. L'Espagne ne songe qu'à redynamiser son marché immobilier, la Grande Bretagne ne jure que par le renforcement du  libre-échange, la France, au vu de la réunion tenue à Matignon le 18 août sous la présidence du Premier ministre, n'envisage que des réformettes et de bonnes paroles, faute de réserves budgétaires.

Nous avons eu par contre le 21 août la bonne surprise d'entendre Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force Ouvrière, exprimer dans un interview à la presse exactement le message que nous aurions aimé formuler par le Premier ministre ou mieux encore, par Nicolas Sarkozy, président en exercice du Conseil de l'Union européenne. Pour Jean-Claude Mailly comme pour nous, si relance il doit y avoir, elle doit se faire par le biais d'investissements productifs, investissements intellectuels dans la recherche et la formation universitaire, investissements dans des grands travaux ou grands équipements industriels. Ces investissements, qui visent inévitablement le moyen et long terme, doivent être financés par des prêts de durée équivalente. Dans un premier temps, la Banque européenne d'investissement (BEI) devrait s'en charger. La BEI  est l'institution financière de l'Union européenne. Elle a pour principal but d'emprunter sur les marchés financiers pour financer des projets au sein de l'Union Européenne. La bonne santé de l'euro lui permettrait d'emprunter sans difficultés des sommes importantes.

Il est regrettable que, sur les questions européennes, les syndicats ne soient pas davantage consultés. Ils ont de meilleures idées que les experts gouvernementaux. Cependant Jean-Claude Mailly n'a pas vu ou pas dit  que les rivalités entre Etats membres sont telles qu'il est très difficile, sans une mobilisation générale des opinions publiques, d'obtenir leur accord sur les opérations susceptibles de bénéficier des investissements évoqués. On sait par exemple que les universités européennes sont en rivalité permanente lorsqu'il s'agit d'obtenir des crédits de formation ou de recherche. Dans un autre domaine, l'Allemagne s'oppose de toutes ses forces au renforcement de l'axe fluvial Rhin-Rhône passant par la France, qui pourrait retirer du trafic à ses propres voies navigables. Les Verts allemands ont réussi à mobiliser sur ce sujet les écologistes français.

Il ne s'agit bien entendu que d'approches malthusiennes cédant à des pressions nationales à courte vue. Le ministre allemand des transports Wolfgang Tiefensee vient de déclarer le 15 août au quotidien Handelsblatt  que l'Europe est menacée à très court terme d'un infarctus général due à la croissance ininterrompue du transport routier. Des mesures de grande ampleur, souvent envisagées mais jamais entreprises, s'imposeraient pour remédier à cette situation catastrophique, aux coûts considérables,  mais que personne ne veut chiffrer, parce que personne ne veut affronter les lobbies s'opposant à tout changement.

On ne peut que déplorer le silence du gouvernement français et de Nicolas Sarkozy lui-même  sur la nécessité d'une telle politique européenne intelligente de relance par les investissements. La tribune qu'offre la présidence du Conseil européen serait pourtant d'un grand poids pour commencer à mettre en circulation des idées que les opinions européennes seraient prêtes à accueillir avec faveur. Mais pour le moment encore l'Europe semble-t-il n'a que des nains à sa tête.


21/08/2008
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