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Pourquoi l'Europe doit se retirer d'Afghanistan

Ce n'est pas parce que malheureusement le contingent français vient d'enregistrer des pertes en Afghanistan qu'il faut afficher un silence pudique relatif aux buts et aux moyens de cette guerre. Moins encore ajouter de nouveaux effectifs sous prétexte de montrer que les tués ne sont pas morts pour rien. Voir aussi le post-scriptum discutant les suites d'un retrait européen de l'Afghanistan

Nous avions déjà abordé ce point  dans un article publié sur le site Paneurope auquel nous n'avons pas grand-chose à retirer. http://www.pan-europe.org/article.php?article_id=222&rubrique_id=3
Il convient de revenir sur la question aujourd'hui, afin d'essayer de la clarifier face aux inexactitudes et approximations que répandent en France et en Europe tant les gouvernements que leurs oppositions.

On parle, comme Nicolas Sarkozy ce jour même, d'une guerre contre le terrorisme, que l'Occident ne peut se permettre de perdre et où la France doit tenir son rôle à côté de ses alliés américains et européens. Ceci mérite au moins de définir trois points : contre quel terrorisme veut-on se battre, quel type de guerre veut-on mener et qui sont les alliés de la France et de l'Europe dans cette guerre ?

L'Amérique, sous G.W.Bush, a décrété depuis le 11 septembre qu'elle devait mener une guerre globale et sans fin contre le terrorisme. Ce concept lui-même global n'est pas acceptable. Les pays occidentaux, Amérique mais aussi européens, sont effectivement en butte à des oppositions multiformes qui profitent de toutes leurs faiblesses pour les déstabiliser. Certaines sont politiques, venant de minorités indépendantistees régionalistes cherchant à se faire reconnaître. Elles prennent souvent leurs sources dans ces pays eux-mêmes.  Beaucoup sont simplement criminelles ou maffieuses. Leurs sources sont également le plus souvent internes, jouant de la corruption pour se maintenir. D'autres viennent d'Etats extérieurs qui disputent aux pays occidentaux la puissance économique et militaire qui est encore la leur. D'autres enfin sont inspirées par des mouvances généralement islamiques internationales prenant principalement appui dans les pays musulmans et menant avec des succès grandissant  la guerre de 4e génération, dite du faible au fort, contre les sociétés ne partageant pas leurs religions et s'opposant à leurs politiques d'expansion. On verra enfin de plus en plus éclater  des guerres dites de la misère, guerres larvées ou ouvertes, venant de populations menacées par le développement des crises climatiques ou économiques et s'en prenant aux pays jugés accapareurs des richesses.

Ces multiples et diverses oppositions ne refuseront pas le recours aux attentats terroristes, voire à de véritables opérations de type militaire, plus ou moins  locales. Mais il ne s'agira pas d'adversaires identiques devant être traités de la même façon par les pays souhaitant se défendre contre eux.  C'est pourtant ce que les Etats-Unis tentent d'imposer à leurs « alliés » européens. La démarche américaine doit être dénoncée et refusée. Elle consiste, sous le concept de guerre globale et sans fin, à servir les intérêts du lobby militaro-industriel américain (MIC) qui veut  imposer de nouvelles dépenses militaires favorables à ses industries et à ses implantations dans le monde entier. Nous venons d'indiquer dans un autre article à quoi ceci conduit l'Europe dans les Balkans. http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=118&r_id=

Mutatis mutandis, la même politique est proposé par l'Amérique aux pays de l'Otan en Afghanistan. Or il  ne peut être question de s'engager dans une guerre sans fin en Afghanistan, qui ne fera qu'accroître les opposants aux Européens et le terrorisme en découlant (y compris en Europe chez les populations issues de l'immigration musulmane). Même si la société  afghane est arriérée, féodale, oppressive des femmes, vouées en partie à la contrebande du pavot, corrompue, pénétrée de fondamentalisme religieux, même si les « talibans » qui incarnent tous les « défauts » que nos sociétés peuvent reprocher à la société afghane sont de plus en plus armés et agressifs, ce ne devrait pas être suffisant pour mener contre cette société des guerres non seulement impossibles à gagner mais de plus en plus cruelles et lourdes en retombées négatives. S'ils sont ce qu'ils sont, après tout, c'est leur affaire.

L'Europe, pour sa part, ne doit pas se donner le « devoir » de changer les Afghans et faire leur bonheur contre eux. Elle ne doit pas non plus, sous prétexte de contenir les germes de terrorisme que les talibans entretiennent en Afghanistan,  prétendre les éradiquer militairement. Tout effort militaire en ce sens, comme l'a montré l'exemple irakien et comme le démontre l'exemple de l'Afghanistan aujourd'hui, ne fait que mobiliser davantage les populations contre les envahisseurs. Chaque « terroriste » tué fait se lever dix remplaçants. La tâche est d'autant plus impossible qu'en appliquant les mêmes principes, l'Europe  devrait sans attendre s'en prendre au Pakistan puis à l'Indonésie, foyers de « terrorismes » aussi virulents que celui des talibans. Ce serait évidemment impossible. Quant à fournir des crédits d'aide aux Afghans, il s'agit d'une illusion. Les sommes concernées, quand elles sont effectivement versées, finissent dans les poches des spéculateurs de toutes sortes.

Il faut conclure de ceci que ce n'est pas chez les autres, fussent-ils des voisins, qu'il faut lutter contre le terrorisme, mais sur son propre territoire. Il faut le faire non seulement militairement ou par des politiques de sécurité relevant de la police et de la justice, mais par des politiques économiques et sociales  favorisant l'intégration des minorités et diminuant les inégalités.  Il faut le faire aussi sans doute au plan idéologique, en ne favorisant pas, comme le font certains pays dont récemment la France, la diffusion des communautarismes fondamentalistes, de quelques religions qu'ils proviennent.

Le fait de quitter l'Afghanistan ne devrait donc pas dans cette optique encourager le terrorisme dans le monde. Elle exprimerait au contraire la volonté renouvelée des pays européens de lutter contre le terrorisme, non pas chez les autres, mais sur leur propre sol, et avec des forces et moyens mieux adaptés. Le message serait certainement compris.

Quant aux Américains, s'ils voulaient, maintenant ou sous le futur président, continuer à s'enliser dans des guerres sans fin pour le seul bénéfice de leur MIC, grand bien leur fasse. L'Europe n'aurait aucune raison de les suivre dans ce gouffre.

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Post-scriptum au 28 août 2008

L'Otan doit-elle se retirer de l'Afganistan?


Sur différents blogs, on trouve des commentaires comme celui-ci, dont la conclusion est qu'il ne faut pas laisser l'Afghanistan aux mains des talibans :

« Je vous invite à prendre un atlas géographique et à regarder où se trouve l'Afghanistan. Vous verrez ainsi que ce pays est coincé entre les différentes républiques du Caucase, l'Iran, la Chine et le Pakistan. Vous comprendrez alors que l'Occident ne peut pas laisser l'Afghanistan aux mains des Talibans. Si on laisse tomber l'Afghanistan, alors les talibans prendront aussi le pouvoir au Pakistan, qui est doté de l'arme nucléaire et qui ne demande qu'une chose : envahir le Kashmir. Ce que l'Inde, autre puissance nucléaire ne pourra pas laisser faire. Ces deux puissances nucléaires s'affronteront donc.  A cela vous ajoutez l'Iran, qui ne demande pas mieux que de se doter de l'arme nucléaire et rayer Israël de la carte, en s'alliant avec les talibans et peut-être avec le Pakistan. Les éléments de déclanchement d'une 3e guerre mondiale sont donc réunis. Que feront alors la Chine et de la Russie, qui ont des frontières communes avec tous ces pays ? ».

 «  Il ne faut pas se retirer, mais revoir complètement la stratégie de l'Otan en Afghanistan, revoir la stratégie militaire, associer beaucoup plus la population locale aux actions, renforcer l'humanitaire et le développement économique. Il faut aussi que la Russie et la Chine interviennent dans la pacification de ce pays, et ce n'est pas en les humiliant que l'on y arrivera ».


Les arguments présentés convaincront beaucoup de gens, non seulement aux Etats-Unis, toujours prêts à vouloir mobiliser le monde entier dans une guerre sans fin contre le terrorisme, mais en Europe même. Que peut-on en penser ? Nous refusons pour notre part cette présentation :

1.    Il ne faut pas grossir l'influence des talibans en Afghanistan, ni même des éléments d'Al Quaida opérant dans ce pays. C'est en le faisant qu'on les renforce. Les plus extrémistes d'entre eux sont sans doute soutenus par certains éléments de l'armée pakistanaise et de l'ISI. Mais on peut douter que le Pakistan, poussé par eux, s'engage dans une guerre, conventionnelle ou nucléaire,  avec l'Inde. Les deux pays ont déjà montré leur prudence à cet égard. Les réactions de la Russie, de la Chine, sans doute aussi des Etats-Unis voire de l'Europe, sans mentionner Israël, seraient alors terribles pour l'agresseur. Ce serait une guerre nucléaire, certes, mais où la disproportion des forces serait considérable. Le fondamentalisme islamique ne serait pas éradiqué pour autant, mais il aurait certainement du mal à se reconstituer et devenir dangereux pour les puissances nucléaires étant intervenues.

Les Afghans laissés à eux-mêmes devraient être suffisamment raisonnables (et nationalistes) pour ne pas jouer à 100% le jeu des talibans extrêmes. Ils se borneront à se remettre de la guerre et pour certains poursuivre leurs petits trafics.

2.    Si l'Occident, à commencer par l'Europe, considérait le Pakistan comme susceptible de devenir la tête armée d'El Quïda, il faudrait alors l'envahir militairement, sur le modèle de ce qui lui a si brillamment réussi en Irak. Ce serait évidemment impensable.

3.    Concernant l'Iran, on peut penser par contre qu'il ne faudra pas laisser ce régime se doter de l'arme nucléaire. Mais l'en empêcher supposerait une action concertée entre les Etats-Unis, l'Europe, la Russie et la Chine.

4.    Nous pensons qu'en fait  une telle action concertée s'impose aujourd'hui, non seulement à propos de l'Iran, mais  devant les risques multiples d'affrontement pouvant se traduire par des guerres locales plus ou moins étendues, dont personne ne tirerait  aucun bénéfice. Tant que les Etats-Unis continueront à provoquer Russie et Chine, pour le plus grand bénéfice de leur complexe militaro-industriel, les tensions ne feront que croître.  C'est pourquoi nous préconisons que l'Europe, la seule capable de le faire, prenne l'initiative de négociations stratégiques, voire de nouveaux traités, impliquant toutes ces puissances, pour évaluer les risques multiples menaçant le monde et  prévoir les mesures, militaires et civiles, permettant de prévenir les plus dangereux.

Mais pour jouer ce rôle indispensable, l'Europe doit montrer son indépendance, vis-à-vis notamment des Etats-Unis et de l'Otan. Elle n'est qu'une puissance infime, certes, mais bien placée pour jouer ce rôle de médiateur si elle s'en donne la force morale.  Encore faudrait-il que ses dirigeants s'en persuadent.



20/08/2008
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