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La Chine, adversaire ou partenaire

La réunion dite « 2+2 » qui s'est tenue début octobre à Tokyo entre le secrétaire d'Etat américain John Kerry, le secrétaire à la Défense Chuck Hagel et leurs homologues japonais a marqué une escalade significative du renforcement militaire américain contre la Chine. La longue déclaration conjointe a annoncé des déploiements d'armes américaines de haute technologie au Japon et le feu vert donné à la militarisation du Japon dans le cadre d'une « alliance plus robuste. »

La décision de Washington de faire marche arrière en Syrie avait provoqué la consternation parmi les alliés des Etats-Unis non seulement au Moyen-Orient, mais en Asie où le « pivot » d'Obama vers le Pacifique a encouragé le Japon et d'autres pays à adopter une attitude plus agressive envers la Chine.

La crainte que les alliés des américains puissent être laissés pour compte a été soulignée cette semaine lorsque Obama a annulé sa tournée en Asie du sud-est, dans le contexte d'une crise à Washington, générée par le blocage (« shutdown ») du gouvernement. Alors que le gouvernement Obama avait à maintes reprises déclaré que le « rééquilibrage » des forces militaires américaines dans la région Inde-Pacifique serait tenu à l'écart des mesures d'austérité, ces promesses sont remises en question par l'agitation politique provoquée par les offensives du Congrès contre le président, et l'incapacité de ce dernier à sortir des divers pièges dans lesquels il s'enferre.

Aussi la réunion « 2+2 » a voulu envoyer un message clair disant que les Etats-Unis poursuivent leur renforcement militaire en Asie, lequel devrait comprendre le stationnement de 60 pour cent des forces maritimes et aériennes américaines dans la région d'ici 2020. Les déploiements américains annoncés dans le communiqué conjoint sont tous destinés à renforcer, même s'ils ne sont pas présentés aussi clairement, une alliance militaire américano-japonaise contre la Chine.

Le « pivot vers l'Asie » du gouvernement Obama, qui a débuté au milieu de l'année 2009 et qui a été publiquement annoncé en novembre 2011, a enflammé le nationalisme et le militarisme dans toute la région. Ceci apparaît le plus clairement au Japon, où le gouvernement droitier du premier ministre Shinzo Abe, qui avait pris ses fonctions en décembre dernier, a accru les dépenses militaires, durci son attitude à l'égard des Senkakus et pris des mesures pour affranchir l'armée des contraintes imposées par la constitution japonaise interdisant formellement une agression militaire externe.

Dans la déclaration conjointe de « 2+2 », les Etats-Unis ont « salué l'intention du Japon de contribuer de façon plus volontariste pour faire face aux défis auxquels est confrontée la communauté internationale » ; sa décision de mettre en place un Conseil de sécurité nationale ; l'augmentation de son budget militaire ; son réexamen du fondement juridique de la « légitime défense collective » ; et des « contributions régionales, dont l'effet du renforcement des capacités à l'égard des pays d'Asie du sud-est. »

Le Japon a déjà promis de renforcer la garde côtière aux Philippines, ancienne colonie américaine et premier partenaire d'Asie du sud-est dans la confrontation avec la Chine. Le communiqué du 2+x2 a aussi fixé une collaboration militaire plus étroite entre les Etats-Unis et le Japon dans le partage en matière de renseignement, de guerre cybernétique et de « connaissance de la situation maritime à partir de l'espace », c'est-à-dire par le recours à des satellites espions pour surveiller le Pacifique occidental.

Parallèlement, un axe Chine-Brésil-Amérique Latine se met en place

Dans le même temps, la détérioration marquée (sinon encore définitive) des relations entre les USA et le Brésil, suite aux révélations de l'espionnage conduit par la NSA contre ce pays, incluant même sa présidente Selma Roussef, élargit encore la porte déjà ouverte à la Chine pour devenir le premier partenaire du Brésil. Ceci non seulement au Brésil mais dans l'Amérique latine en général.

La Chine avait déjà largement pénétré le continent latino-américain, mais elle l'avait fait jusqu'ici d'une façon discrète, sans paraître vouloir s'imposer à l'influence américaine jusqu'ici dominante, c'est-à-dire sans complètement se présenter comme un partenaire à part entière de la Chine, mais au moins à parité avec les USA. Aujourd'hui la Chine ne cache plus son intention de devenir le premier partenaire de l'Amérique latine dans les matières économiques, financières et commerciales, ceci notamment par l'intermédiaire du Brésil.

A la suite de nombreuses visites d'émissaires chinois de haut rang à Brasilia et dans d'autres capitales, la volonté de Pékin se précise rapidement. Ces visites sont soigneusement préparées et suivies de conséquences pratiques. Il y a déjà 10 ans la Chine avait promis la mise en place d'un programme d'investissements sur le continent. Celui-ci se développe du Mexique au Chili, à l'Equateur et dans les Caraïbes. Les Brésiliens sont pour leur part de plus en plus intéressés. Ceci aussi bien concernant l'industrie, le pétrole que l'aérospatial, les technologies d'armement et l'agriculture.

L'Europe absente

Nous regretterons une nouvelle fois ici que l'Europe, toujours paralysée par le néocolonialisme américain, n'ait pas su saisir ces opportunités. Elle pourrait encore le faire, au sein de ce que certains Etats du BRICS verraient semble-t-il d'un bon oeil, c'est à dire au sein d'une nouvelle entité géopolitique nommée par ses promoteurs l'EuroBRICS , souvent évoquée sur ce site. Mais il faudrait pour cela que les dirigeants politiques et responsables économiques européens sortent de leur fascination pour un Empire américain désormais en recul sur tous les fronts.



07/10/2013
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