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L'Europe face à son destin (2)

Qui tombe dans le piège de qui?
En relisant notre éditorial du 11/08/2008, « L'Europe face à son destin », complété par les deux articles suivants : « Enseignements de la crise à l'Est » et « Poursuite des provocations américaines sur le BMDE), nous ne pouvons en ce matin du 18 août, au terme d'une semaine où se sont passées beaucoup de choses, que conformer notre sentiment : l'Europe est aujourd'hui devant son destin. Les choix qu'elle devra faire devront être faits non dans les mois et années à venir, mais dans les semaines sinon dans les jours prochains.

De quels éléments nouveaux dispose-t-on pour le penser ? Nous pourrions parler d'une bonne nouvelle et de plusieurs mauvaises nouvelles.

La bonne nouvelle concerne le rôle joué par la diplomatie française et  personnellement par le président Sarkozy, en tant que président en exercice de l'Union. Contrairement à ce que nous craignions dans l'éditorial précédent, Nicolas Sarkozy a su dans la semaine du 11 au 16, se démarquer des Etats-Unis et s'imposer, avec on peut le supposer l'accord d'un certain  nombre de gouvernements européens, comme interlocuteur responsable entre la Russie et la Géorgie. Il a refusé de prendre la tête d'une coalition (verbale) anti-russe comme beaucoup l'en pressait. Aujourd'hui, il hausse le ton en affirmant que la Russie doit évacuer la Georgie, mais il est dans son rôle puisque l'accord qui a été signé doit être appliqué. Sinon il faut le dénoncer.

Une première mauvaise nouvelle concerne la cohésion européenne. En suite ou non à la visite de Mme Rice en Europe, la chancelière allemande Mme Merkel prend le risque – sans consulter personne – d'affirmer que la Georgie (puis l'Ukraine) doivent  désormais entrer dans l'Otan, pour contrer la menace russe. Une telle entrée, aujourd'hui,  serait une véritable déclaration de guerre à la Russie qui compléterait les menaces représentées par la coopération militaire entre les Etats-Unis, la Pologne, la Tchéquie voire peut-être d'autres gouvernements des frontières Est de l'Europe.  Nicolas Sarkozy devrait rappeler immédiatement à l'Allemagne ces évidences, quoiqu'il en coûte à ses bonnes relations avec la Chancelière.

Mais il y a d'autres mauvaises nouvelles, plus graves.  Les informations qui se font jour progressivement concernant le rôle des Etats-Unis dans cette crise obligent à mieux mesurer les arrière-plans de celle- ci 1) .  Elles montrent que la crise, infiniment plus compliquée que les naïfs ne le  pensaient, a été préparée depuis longtemps par l'Amérique afin de renvoyer la Russie à son passé stalinien et susciter contre elle des coalitions renforcées. La Russie est en fait tombée dans le piège américain, comme l'ensemble de l'Europe. Le projet d'une Europe de l'Atlantique à l'Oural (and beyond) se trouve donc durablement compromis.

L'Amérique ne renoncera pas, même après les élections présidentielles, à compromettre l'Europe à ses côtés. Si l'Europe se laisse faire et sacrifie ses relations avec la Russie, finalement bien plus importantes pour elle que ses relations avec les Etats-Unis, c'en sera fait définitivement, comme nous l'écrivions dans le précédent éditorial, de son indépendance et de sa future puissance.

Que devrait faire l'Union européenne ?

Que devrait faire l'Union dans ces conditions ? Plus précisément et dans l'immédiat, que devraient être les positions françaises, celles des forces politiques qui militent pour une Europe puissante et indépendante  et celles du président Sarkozy, s'il partageait ce point de vue ?

•    Il faudrait d'abord rappeler à l'ordre les Etats européens qui se permettent de jouer des diplomaties personnelles dans des questions intéressant directement l'avenir de l'Union toute entière. Si des rappels à l'ordre ne suffisant pas, il faudrait envisager quelques contre-mesures. Laissons au lecteur le soin d'imaginer lesquelles.

•    Concernant la crise dans le Caucase, l'Europe doit tenir compte du passé historique plus que millénaire de cette région, contrairement aux Américains dont les gros sabots piétinent allégrement les particularismes. Dans un premier temps, elle devrait  reconnaître, comme elle l'a fait au Kosovo, l'indépendance de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie. Elle doit aussi confirmer son opposition à l'entrée dans l'Otan de la Georgie et de l'Ukraine ( d'autant plus fermement que cette dernière menace d'interdire les mouvements de la flotte russe de la Mer Noire, véritable casus belli). 

•    Il faudrait ensuite entreprendre dès maintenant la négociation du partenariat stratégique avec la Russie envisagé plusieurs fois mais actuellement gelé. Il ne faudrait évidemment pas le limiter aux questions énergétiques. La Russie, même au sommet actuel de son retour en force, a besoin de l'Europe. Dans le long terme, sa prospérité énergétique ne durera pas si des investissements importants dans les technologies du futur ne prennent pas le relais. Les Européens qui disposent d'une partie de ces technologies doivent faire des propositions. Dans le court terme, la Russie sera menacée à ses frontières par l'expansionnisme islamique, pétrolier et idéologique, comme par l'expansionnisme chinois. Des alliances avec les Européens lui seraient utiles. Le projet d'un tel partenariat, que pourrait consacrer un Traité, dont les Russes avaient d'ailleurs avancé le principe il y a quelques semaines, serait évidemment incompatible avec les menaces irresponsables visant à exclure la Russie du G8 et de l'OMC.

•    Concernant l'Otan, nous pensons que les pays européens devraient en sortir franchement, ce qui réduirait à peu de chose l'Organisation. En contrepartie évidemment, ils devraient faire l'effort de se doter d'une défense européenne terrestre, aérospatiale et maritime. L'emploi industriel ne pourrait qu'en bénéficier. Mais le retrait de l'Otan ne semble  pas envisageable dans l'immédiat. En attendant, il faudrait marquer le coup en se désengageant de la plupart des opérations menées sous couvert de l'Otan par le Pentagone. Elles sont grosses de menaces dont on mesurera bientôt les risques pour la paix mondiale, par exemple dans les relations avec l'Afghanistan et le Pakistan.

Les pessimistes diront que les propositions qui précèdent sont irréalistes et que Paris ne va pas tarder à rentrer dans le rang. Ainsi nous devrions faire notre deuil de l'Europe en tant que puissance indépendante. Ce n'est pas notre avis. Même au fond de l'abaissement et de  la servitude, les peuples doivent réagir. La France en tous cas possède la culture historique et le tempérament nécessaires 2).

NB: Je signale un article à méditer, d'un certain Vincent Perrier Trudov, sur Agoravox, suggèrant que la Russie adhère à l'Union européenne. L'idée parait folle, mais vu l'agravation de la crise USA-Russie, il serait temps que l'Europe marque où sont ses véritables intérêts. http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=43479
Les notes :
  • 1) L'article de Marek Halter dans le Figaro du 15/08, complétant celui d'Alexandre Adler dans le même journal, résume ce que beaucoup savaient sans le dire. Nous citons : « Que veut George W. Bush en Géorgie ? Je crois, pour ma part, que le coup de force en Ossétie de Saakachvili a été préparé avec les conseillers américains et approuvé par Condolezza Rice lors de son dernier séjour à Tbilissi. Ni Bush ni Saakachvili n'ont été surpris par la violence de la riposte russe. Leurs stratégies misaient sur la réplique russe et sur la mobilisation médiatique qu'elle allait provoquer. Même la réunion des dirigeants russophobes - polonais, ukrainien et baltes - du 12 août à Tbilissi a été programmée. Je parie que, dans les jours à venir, «le danger» que représente pour ses petits voisins la force militaire et économique du pays de Gazprom sera fortement utilisé. Ce «danger» justifiera a posteriori l'ex¬pansion de la présence américaine dans ces régions. Au détriment de la solidarité et de l'intégrité de l'Europe. ».
  • 2) On peut ajouter que les manipulations américaines destinées à l'opinion européenne rejoignent, à une échelle plus visible, celles qu'ils mènent pour éloigner l'Europe de la Chine. Personne ne croira que le ton de plus en plus violent utilisé par le Dalaï Lama, précisément à l'occasion d'un prétendu pèlerinage en France, n'a pas l'appui en sous main du gouvernement américain. Nicolas Sarkozy a eu raison de ne pas tomber - jusqu'à présent - dans cette nouvelle version d'un piège dans la première version de laquelle il était précipité tête baissée au printemps. On peut par contre se demander que cherche le Parti Socialiste français, et Ségolène Royal personnellement, en prenant fait et cause pour le Dalaï Lama. L'un et l'autre pourraient trouver de meilleures raisons de s'opposer à Nicolas Sarkozy.
18/08/2008
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Nombre de réaction(s) : 2
Et si la Russie adhérait à l'Union européenne
22/08/2008 15:59:39 | Par : J. del...
Bonne idée. Vous devriez l'approfondir.

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