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L'Europe laissera-t-elle l'Egypte s'effondrer?

L'actualité oblige à s'interroger sur l'avenir politique immédiat de l'Egypte. Après le renversement d'un gouvernement soumis aux archaïsmes politico-religieux des Frères Musulmans, un régime militaire qui paraît plus ouvert aux libéraux mais qui s'appuie sans doute aussi sur l' « Etat profond » de l'ère Moubarak, avec ses complicités au service des Etats-Unis et des régimes pétroliers, pourra-t-il assurer à la population égyptienne le retour à un minimum d'équilibre économique?


La perspective peut paraître hors de portée si l'on considère les multiples raisons qui faisaient déjà de l'Egypte l'homme malade économique du Moyen Orient, et que la crise actuelle entraînant la disparition au moins momentanée du tourisme ne fait qu'aggraver. Un de nos correspondants a signalé à cet égard l'article d'un bon connaisseur de l'Egypte, apparemment aussi objectif qu'il est possible, Nafeez Mosaddeq Ahmed http://qz.com/116276/at-the-root-of-egyptian-rage-is-a-deepening-resource-crisis/#!

L'auteur, d'origine bangladeshe, est directeur de l'Institute for Policy Research and Development de Brighton et chroniqueur politique des émissions en bengali de la BBC. Il s'était signalé par sa dénonciation de la prétendue guerre contre la Terreur menée depuis le 11 septembre 2001 par les Etats-Unis, au service de la continuation d'une ancienne politique coloniale anglo-saxonne au Moyen Orient. Même si le lecteur d'aujourd'hui n'est pas obligé de partager toutes ces hypothèses, il ne peut que constater la grande portée du diagnostic porté par Nafeez Mosadegh Ahmed sur l'actuelle situation en Egypte, qui est aussi celle d'un certain nombre de pays touchant de près l'Europe, en premier lieu la Tunisie.

Loin d'attribuer seulement la crise de l'Egypte actuelle à des conflits entre l'Islam, d'autres confessions et l'athéisme rappelant les guerres de religions dont l'Europe avait réussi à se débarrasser il y a 300 ans, l'article signale l'aggravation inévitable de problèmes démographiques, sociaux et économiques dont on ne voit pas comment l'Egypte pourrait se libérer dans les prochaines années. Le lecteur de l'article en conclut inévitablement que ces problèmes, laissés à eux-mêmes, ne feront que s'aggraver jusqu'à un effondrement total du pays, un « collapse » selon l'expression imagée des spécialistes du développement.

Contrairement à la situation de nombreux autres pays voisins eux-mêmes en proie à des difficultés multiples, tels l'Algérie, le Maroc, la Libye, la Jordanie, l'Irak, sans mentionner la Syrie, les difficultés frappant l'Egypte ne laissent guère de place à des possibilités d'ouverture et de sauvetage, du moins sans interventions extérieures. Une démographie encore galopante répartie sur un territoire aux ressources agricoles et hydriques de plus en plus menacées, la disparition progressive des réserves en énergies fossiles et l'absence de ressources permettant des investissements sérieux en énergies de remplacement, le changement climatique accentuant les pressions sur l'économie égyptienne provenant entre autres des pays africains voisins eux-mêmes en crise, dessinent de sombres perspectives. Quant au Canal de Suez et aux services associés, les revenus qu'ils garantissent encore dépendent du maintien d'un minimum de sécurité dans les échanges internationaux. On peut ajouter qu'à plus long terme, la baisse de la production des monarchies pétrolières diminuera l'intérêt porté par l'Amérique à la conservation de ses liens stratégiques avec les pays du Golfe.

Certes l'Egypte dispose d'une position géostratégique qui devraient lui permettre de valoriser l'appui qu'elle pourrait apporter aux grandes et moyennes puissances potentiellement en compétition pour assurer leur domination sur cette partie du monde. Mais il s'agirait alors de politiques délicates à conduire, supposant un Etat fort capable de négocier ces alliances. L'appareil militaire dont les bonnes âmes occidentales conteste l'emploi par l'Egypte représente certes un atout dans cette perspective. Mais faute de ressources propres pour maintenir son armée, le Caire est obligé de négocier l'entretien de celle-ci avec de puissants voisins, Etats-Unis, Israël, Russie et Chine à terme, qui ne lui veulent pas nécessairement du bien.

Le rôle des Européens

Ce bref panorama ne peut éviter d'évoquer le rôle que l'Europe pourrait et devrait jouer pour permettre à l'Egypte d'éviter le collapse ainsi esquissé. Tous les gouvernements européens, et pas seulement ceux de l'arc méditerranéen, auraient intérêt à s'investir lourdement dans cette perspective. Une partie de leur sort futur en dépendra. L'indifférence se révèlerait très vite la pire des attitudes. Mais comment faire, dans quelles directions agir? Il ne suffirait pas en effet de verser aux gouvernements égyptiens de modestes subsides qui se perdraient comme l'eau dans le désert. La question de l'avenir de l'Egypte pose aux sociétés européennes, à peu de différences près, les mêmes problèmes que celles-ci doivent résoudre. Pourquoi attendre encore avant de s'y engager ensemble?

Il s'agit d'abord de la façon de sortir de l'impasse signalée depuis 40 ans maintenant par les avocats de la décroissance, dont les opinions publiques européennes attachées aux maintiens de leurs avantages de consommation à court terme ne veulent toujours pas tenir compte. Les limites de la croissance qu'a rencontré depuis longtemps l'Egypte seront de plus en plus contraignantes pour les Européens eux-mêmes. Elles imposeront des solutions voisines, et donc, pourquoi pas, des coopérations plutôt que de nouvelles rivalités. L'Europe pourrait faire beaucoup en ce sens en associant les Egyptiens à des programmes de recherche ou à des investissements concernant par exemple les nouvelles énergies ou les nouveaux processus de production. Ce ne serait pas "rentable". Il faudrait que les Européens financent à perte pendant certaines années. 

Mais il y a tout aussi important, qui devrait être pris en considération par les mouvements libéraux et socialistes européens. La société égyptienne est dans une large mesure malade des mêmes maux que les sociétés européennes dans leurs profondeurs; haine des minorités, haine de la femme, haine de la science, recours à des croyances religieuses bloquées sur des névroses sociales et individuelles profondes. On verrait très bien que, sans prétendre imposer la moindre solution s'appuyant sur un argument d'autorité mal fondé, les libéraux et les socialistes européens s'efforcent de convaincre leurs amis égyptiens que le temps est désormais venu pour eux d'unir les quelques quinze mouvements progressistes et féministes existant chez eux en une force politique cohérente, capable de s'imposer tant aux Frères musulmans qu'aux militaires...et aux Américains.

20/08/2013
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