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Qu'attendent les Européens pour soutenir officiellement Bachar Al Assad ?

On objectera que celui-ci s'est comporté comme un dictateur, responsable de plusieurs dizaines de milliers de morts. On dira aussi que les soutiens dont il a toujours bénéficié ne sont pas particulièrement favorables, c'est le cas de le dire, aux intérêts européens, puisqu'il s'agit de l'Iran, de la Russie et du Hezbollah - Hezbollah dont l'Union européenne vient d'inscrire la branche armée, le Parti de Dieu, formation chiite islamiste - sur la liste de ses organisations terroristes.

Mais en prenant un peu de recul, les Européens devraient se persuader que ni la Syrie alaouite, ni l'Iran, ni la Russie ni même le Hezbollah ne représentent le plus grand risque dans la marche de la région au chaos. Que dire du jeu irresponsable des monarchies pétrolières du Golfe, qui financent à tout va les organisations djihadistes combattant Bachar Al Assad.

C'est notamment le cas du Front al-Nosra, qui refuse toute idée d'élections, proclame son engagement dans la guerre sainte et pour la charia. Dans un enregistrement audio relayé par des sites islamistes, Abou Mohammed al-Joulani chef du Front al Nosra indique sa conception du pouvoir dans la Syrie de l'après Bachar el-Assad. «Nous ne croyons ni aux partis politiques ni aux élections parlementaires, nous croyons à une gouvernance islamique basée sur la choura» (assemblée de juges musulmans) et que « le moyen d'appliquer la charia, c'est à travers le djihad».

Au Koweit, un «comité de soutien aux moudjahidins en Syrie», présidé par le député salafiste Walid Tabatabaï, envoie des émissaires convoyer de l'argent aux rebelles les plus radicaux. Au Qatar, si apprécié en France, les envoyés des cheiks Abdelrahmane Nouaimi et Ali Sweidi font de même, ceci de façon prétendument privée mais avec la bénédiction des autorités.

Que dire enfin de l'Arabie Saoudite et même de la Turquie qui financent directement ou laissent financer les opposants à Bachar Al Assad. Chaque semaine, munis de valises d'argent que personne ne contrôle, des hommes d'affaires et des responsables salafistes font l'aller-retour entre la Turquie et la Jordanie depuis l'Arabie saoudite.

L'Europe commence à réaliser que l'Armés Syrienne Libre, qui avait toute ses faveurs comme alternative à Bachar se transforme en une pépinière de centaines de combattants qui, une fois ledit Bachar renversé, se répandraient dans toute le Moyen Orient, l'Afrique et l'Europe elle-même. Néanmoins quelques diplomates dont la légèreté frise la trahison continuent (sous la pression de quels intérêts ?), à vouloir les armer d'armes offensives.

Les plus réalistes des Européens, prenant acte de la résilience de Bachar Al Assad, commencent cependant à se rendre compte que si celui-ci était confirmé à la tête d'un pré carré réduit bien que significatif, il pourrait fédérer les éléments politico-religieux qui avaient fait jusqu'ici de la Syrie un pays relativement ouvert: musulmans alaouites, chrétiens d'Orient, kurdes et par ailleurs classes moyennes, milieux d'affaires et intellectuels ayant toujours recherché les contacts avec les pays européens et avec la Russie. Mais ce nouveau départ ne pourrait se faire sans un appui concerté des diplomaties européennes (notamment française), russe, et même israélienne.

Cette perspective, pour aboutir, devrait par ailleurs être soutenue par la diplomatie américaine. Malheureusement, comme l'ont remarqué dans des textes récents des spécialistes de la politique américaine au Moyen-Orient, celle-ci faute de vision est empêtrée dans des approches contradictoires, sans perspectives stratégiques. Le premier résultat en est qu'elle contribue à aggraver le désordre non seulement de la région mais des positions américaines elles-mêmes, face notamment à l'Iran et à la Russie.

Allons-nous pour ce qui nous concerne en France, qui connaissions bien la Syrie depuis les deux guerres mondiales, rester indéfiniment à la remorque de tels incapables?

Sources

Notre confère Philippe Grasset vient de citer deux articles intéressants de politologues américains ou proches des Etats-Unis, spécialistes du Moyen Orient. Ils ne comprennent pas l'incapacité du pays à définir des positions quelques peu constructives. La responsabilité en incombe évidemment à Obama, mais c'est tout le système politico-économico-industriel américain qui est en cause. Pourquoi un tel aveuglement, quasi suicidaire?

* Emile Hokayem est Senior Fellow for Regional Security à l'International Institute for Strategic Studies dont le bureau pour le Moyen Orient est basé à Manama, Bahrain. Il est l'auteur de Syria's Uprising and the Fracturing of the Levant, publié par l'IISS et Routledge en juin 2013.

Lire Syria's Uprising and the Fracturing of the Levant 6 juin 2013
http://www.iiss.org/en/publications/adelphi/by%20year/2013-7c11/syria-s-uprising-and-the-fracturing-of-the-levant-1a4e

* Roy Gutman . L'auteur est un journaliste américain réputé. Il a particulièrement étudié le Moyen Orient. Il collabore à l'entreprise de presse américaine The McClatchy Company

Lire:
Absent strong U.S. policy on Mideast, nations compete for influence (article)
http://www.mcclatchydc.com/2013/07/19/v-print/197149/analysts-absent-strong-us-policy.html


23/07/2013
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