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Dégradation du PIB de la zone euro.

Chroniques de la décroissance Dégradation du PIB de la zone euro. Serait-ce grave, docteur ? Réponse: non...du moins avec des gouvernements plus intelligents et plus courageux que les nôtres.

Le PIB français a reculé au deuxième trimestre pour la première fois depuis fin 2002, en conséquence du ralentissement économique mondial. Il s'est contracté de 0,3%, selon une première estimation de l'Insee annoncée le 14 août, susceptible d'être révisée. La croissance du premier trimestre a par ailleurs été revue en légère baisse, à +0,4%.

De son côté,  le PIB de la zone euro s'est contracté de 0,2% au deuxième trimestre. Plusieurs  causes expliquent ce phénomène. Le maintien à un niveau élevé du prix du baril de pétrole pèse sur la consommation et par répercussion sur les ventes puis les investissements des entreprises. La hausse des prix des matières premières industrielles et agricoles entraîne le même effet. Les conséquences de la crise américaine dite des subprimes diminuent les capacités de prêt des établissements bancaires. Le secteur immobilier en souffre directement, ainsi que les capacités d'emprunt d'un certain nombre d'entreprises et de catégories de consommateurs de biens industriels. Enfin, la baisse de la compétitivité des exportations de divers pays aggrave les déficits commerciaux de ces pays. Cette baisse est due en partie au niveau toujours trop élevé de l'euro par rapport au dollar mais aussi à un manque de flexibilité des entreprises exportatrices.

Il en résulte des effets en chaîne qui s'apparentent à une stagflation (juxtaposition d'une stagnation et d'une inflation) : hausse des prix de production et des prix à l'importation réduisant  la demande de biens de consommation et les investissements des ménages,  diminution de l'activité des industries et des services, baisse de l'emploi productif. La baisse de la consommation se répercute à terme sur les prévisions d'investissement des entreprises, ce qui diminue leurs possibilités de réaction pour le futur. Enfin, dans les pays souffrant déjà comme la France d'un trop fort excédent des dépenses publiques sur les recettes (plus de 3% du PIB pour la France), les marges de relance de l'offre par des soutiens publics, déjà très faibles, deviennent inexistantes.

Au niveau international, les experts sont incapables de prédire les évènements risquant d'affecter la situation économique mondiale au 2e semestre 2008 et en 2009. Beaucoup pronostiquent une accentuation de la crise, pouvant toucher toutes les économies. Les premières à en souffrir seraient les industries d'exportation asiatiques dont les marchés se réduiront, provoquant sur place une forte augmentation du chômage. Les pays exportateurs de pétrole et de gaz verraient aussi leurs bénéfices diminuer, mais leurs réserves sont suffisantes pour qu'ils puissent supporter le phénomène quelque temps sans augmenter leur production. A terme cependant les royaumes arabes pro-occidentaux seraient politiquement déstabilisés.
Il s'agit là d'effets touchant l'économie réelle (échanges de biens et services). Mais d'autres effets, amplificateurs, pourraient provenir de la sphère financière, principalement sous la forme d'un crash du dollar, les détenteurs de réserves en dollars s'en débarrassant en catastrophe et la Réserve fédérale n'ayant plus les moyens de soutenir sa monnaie par une hausse de ses taux, laquelle achèverait de ruiner l'économie américaine et les économies en dollar. De toutes façons, ces dernières s'effondreraient, pour au moins deux ans, n'ayant plus de ressources pour s'approvisionner à l'étranger et n'ayant que peu de biens et services à exporter du fait de la désindustrialisation. La zone euro devrait mieux s'en sortir, sauf à ressentir marginalement les effets de la crise américaine.  La zone sterling serait par contre directement affectée.

Quelles conséquences ?

Une question de bon sens, qui vient à l'esprit du public non spécialiste, mais qu'apparemment les économistes et moins encore les gouvernements européens ne veulent poser, consiste à se demander si cette crise de stagflation serait ou non catastrophique pour l'Europe. Eliminons l'hypothèse du crash général envisagée à la fin du dernier paragraphe et limitons nous à ce que l'on pourrait effectivement qualifier de crise dans la croissance, sinon de phase de décroissance, avec des PIB stagnants voire en baisse de quelques % par an. Il s'agit de pourcentages apparemment infimes. Qu'en seraient cependant les conséquences ?

La bonne nouvelle est qu'au regard de tous les facteurs ayant des impacts sur l'environnement, facteurs  dont les autorités européennes ont décidé de réduire la pression, une baisse même faible de la consommation et des investissements dans les industries produisant pour la consommation produirait un sensible soulagement : baisse de la consommation de carburants fossiles, de matières premières et de produits dérivés, allégement des tensions sur les milieux naturels, moindre incitation à l'immigration sauvage, etc.

Par ailleurs, la diminution de l'affectation des ressources monétaires, économiques et humaines aux consommations-gaspillages devrait permettre, assez rapidement, de réaffecter ces ressources à des investissements productifs dans tous les secteurs où l'Europe est en manque d'investissements ou de compétitivité : agriculture, énergies renouvelables, technologies avancées, industries culturelles, recherche à long terme.  Ces investissements pourraient par ailleurs être conçus afin de ne pas contredire des objectifs de décroissance raisonnée, car ils porteraient sur la production de biens et services ayant des effets positifs sur l'environnement et les ressources.

Ajoutons que si un crash du dollar se produisait effectivement, les raisons justifiant que les gouvernements européens prennent en mains de telles stratégies d'investissement seraient encore plus fortes. Leurs chances de réussite n'en seraient sans doute pas durablement affectées.

La mauvaise nouvelle est que, si les gouvernements européens continuent à ne pas intervenir dans le domaine économique, assistant passivement aux conséquences  sur l'Europe de crises nées largement hors d'Europe, ce seront les travailleurs les plus faibles, les retraités, les exclus et aussi les PME non protégées qui supporteront tout l'impact de la crise. Les réajustements précédemment évoqués, par ailleurs, qui demandent des politiques économiques et budgétaires fortement interventionnistes, ne se produiront pas, car ils ne pourront pas  résulter de transferts guidés par les seules perspectives d'un profit immédiat. Une politique intelligente de l'offre à long terme ne peut en effet se concevoir en dehors de stratégies publiques conduites à l'échelle de l'Europe toute entière et sur plusieurs années.

Malheureusement, cette mauvaise nouvelle, pour le moment, risque de devenir la seule à prendre en considération. Quand on voit les efforts désespérés actuels du gouvernement français pour nier la crise et surtout ne rien faire, en aucun domaine, quant on voit aussi la passivité des oppositions socialistes, on ne peut que douter d'avoir à la tête du pays les équipes adéquates. Il n'est pas certain que les  autres Etats européens soient mieux lotis. Ne parlons pas du Parlement de Bruxelles et de la Commission.

15/08/2008
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