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TTIP ou Valmy

La France n'échappera pas aux négociations sur le futur accord commercial transatlantique de libre-échange (TTIP). Va-t-elle renoncer à la défense de tous ses intérêts, comme nos amis européens semblent décidés à nous l'imposer

L'Amérique a tout à gagner avec le TTIP (Partenariat Transatlantique de Commerce et d'Investissement), d'où la pression assez incroyable qu'exerce Obama en ce sens. D'abord pour renforcer sa base arrière en Europe, base qu'elle compte désormais opposer aux ambitions chinoises. On se souvient que durant la guerre froide, l'Europe jouait déjà ce rôle de base arrière (on parlait aussi de base avant ou glacis) à l'encontre de l'URSS. Désormais c'est la Chine qui a repris, d'ailleurs avec plus de succès, la compétition avec l'Amérique pour le rôle de seconde, sinon de première puissance mondiale. Utiliser l'Europe en base arrière contre la Chine est donc devenu indispensable à l'Amérique.

Dans le TTIP, celle-ci attend de l'Europe qu'elle s'ouvre à ses produits : l'agriculture, l'agroalimentaire, la santé, les industries de défense et les industries culturelles. Dans ces domaines, les normes non tarifaires européennes sont plus contraignantes. Les intérêts américains attendent donc que nous alignions nos normes sur les leurs, et qu'en conséquences, ils puissent se renforcer en imposant leurs produits à l'Europe.

Mais il faut bien voir que dans ces mêmes domaines, ce sera la France qui aura tout à perdre d'une concurrence non régulée, sauvage, avec l'Amérique. Elle ne pourra rien exporter en échange de l'ouverture. Ce ne sera pas le cas de l'Allemagne et de la Grande Bretagne. Les industriels allemands ont su se donner des positions compétitives dans les industries mécaniques et certains services. Bravo pour eux. Nous n'avions qu'à tenter d'en faire autant. Quant aux Anglais, leur quasi mariage avec les intérêts financiers américains ne pourra que profiter de la disparition des quelques normes européennes encore existantes.

Concernant les industries culturelles, il faut bien voir les enjeux, que l'opinion, même en France, confond avec la défense des industries du film voir des intermittents du spectacle. Ce qui intéresse les Américains, c'est de pouvoir développer leurs géants de l'Internet, Google , Facebook, Youtube, Skype et les industries électroniques qui leur servent de support. L'enjeu en est la maitrise mondiale de l'économie et de la science du Big Data 1). Ils veulent pouvoir diffuser sur leurs plateformes numériques leurs nouveaux produits et services sans payer de TVA ou d'impôt sur les sociétés en Europe. La bataille pour l'exception culturelle est donc une bataille pour le futur, et non une bataille réactionnaire comme l'affirme le traître Barroso, préparant en cela sa reconversion au service des intérêts atlantiques les plus hostiles à l'Europe.

Dans ces conditions, s'il n'est plus possible à la France de refuser de s'engager dans les négociations pour le TTIP, il faudra qu'elle n'y consente aucune concession, quitte à provoquer des ruptures. Ceci non seulement dans le culturel mais dans les autres secteurs évoqués ici: agriculture, agroalimentaire, santé, industries de défense. François Hollande et le gouvernement, le patronat, les syndicats en seront-ils capables? Le sémillant Obama a déjà fait le pari contraire. Le démentirons-nous?


1) Voir l'ouvrage éponyme de Viktor Mayer-Schönberger et Keneth Cukier, dont nous rendrons compte prochainement.

28/06/2013
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