Europe Solidaire
CultureEconomieEducationEnvironnementInstitutionsInternationalSciencesSécurité/DéfenseSocialTechnologiesValeurs
Aggrandir Réduire Reinitialiser

Gomorra

Le film Gomorra de Matteo Garrone, sorti cette semaine en France, a été unanimement salué comme un document d'un grand réalisme et d'un grand courage sur la Camorra, la mafia napolitaine. Il devrait faire plus. Il devrait être l'occasion pour tous les Européens de s'interroger sur les raisons qui permettent à ce continent de rester le champion mondial des proliférations mafieuses.

On dira que ce n'est pas le cas. On citera les mafias russes, latino-américaines, asiatiques – sans mentionner les mafias nord-américaines filles des mafias italiennes. Toutes sont supérieures sans doute en cruauté et en chiffres d'affaires aux mafias européennes. Il reste que l'Europe, dont les élites se proclament plus que toutes autres au monde soucieuses d'ordre public, de bonne gouvernance, de morale, devrait s'être depuis longtemps débarrassée d'une maladie sociale qui n'a pas le sous-développement pour excuse.

Certes les mafias européennes prennent leurs racines dans des régions et villes qui ne sont pas particulièrement prospères, mais elles étendent leurs ramifications dans toutes les classes du pouvoir et de l'argent, montrant ainsi qu'elles jouissent d'une tolérance complice de la part des décideurs grands et petits. Elles rejoignent dans l'économie de la fraude et du crime les paradis fiscaux et pôles financiers off-shore que chaque pays européen, si vertueux en façade, ne manque pas d'abriter. Elles y blanchissent à l'écart de tous contrôle les bénéfices de leurs trafics et soutiennent grâce à eux la « croissance » et la prospérité » de nombreuses villes et régions, la carrière de nombreux hommes politiques. Aucun pouvoir législatif, judiciaire ou administratif n'a jamais réussi – n'a même jamais vraiment essayé – d'en venir à bout.

Evidemment, ces choses restent généralement ignorées, du grand public, des militants associatifs et politiques, des élèves des facultés et des Ecoles administratives. Les gouvernants qui, comme Nicolas Sarkozy ou Sylvio Berlusconi aujourd'hui, font de grands discours sur la nécessité de récupérer du pouvoir d'achat, relancer la croissance et purger Naples de ses dépôts d'ordures, n'y font jamais allusion.

Faut-il conclure de cette tolérance marquée par la bonne société européenne à l'égard de son double, la société mafieuse, que les deux sont liées, que la société du crime organisée est l'autre face de la société de droit, que tous les humains ont ainsi un pied dans l'ordure et l'autre dans les institutions vertueuses ? Sans doute. Cependant  l'Europe, si elle voulait comme elle le pourrait, servir (en partie) de modèle à un monde qui se cherche des références, devrait faire un peu plus d'efforts qu'elle ne le fait pour s'arracher à l'emprise de ses propres mafias. Nous sommes tous coupables de lâcheté à cet égard. Lire Gomorra ou voir le film, applaudir l'un et l'autre, ne devrait pas suffire à nous donner bonne conscience.
Les notes :
  • Sur la corruption politique en Italie, proche des influences mafieuses, lire l'ouvrage choc de Gian Antonio Stella et Sergio Rizzo: La Casta (Rizzoli, 2007) . L'italie ne devrait pas être la seule à se sentir concernée.
14/08/2008
Vos réactions
Dernières réactions
Actuellement, pas de réaction sur cet article!
Votre réaction
Vérification anti-spam
Nom/pseudo*


Email*


Titre*


Commentaire*


* champs obligatoires
Europe Solidaire