Europe Solidaire
CultureEconomieEducationEnvironnementInstitutionsInternationalSciencesSécurité/DéfenseSocialTechnologiesValeurs
Aggrandir Réduire Reinitialiser

Le refus de la voie fédérale, malédiction européenne

La conférence de presse de François Hollande le 16 mai, destinée à montrer aux Français que le Président mobilisait tous les moyens disponibles pour permettre une reprise de la croissance et de l'emploi dès la fin 2013, n'a guère convaincu. En effet, les moyens en questions sont ceux de la « boite à outils » déjà annoncée, qui ne peuvent agir sur les causes profondes de la crise, mais seulement sur certains de ses symptômes.

Il aurait fallu annoncer ce que certains espéraient entendre, une aide massive aux investissements de recherche et aux nouvelles industries capables de faire bénéficier la France des croissances découlant de la mise en oeuvre des technologies émergentes. Différents pays le font déjà à petite échelle, dont dorénavant le Japon.  La Chine et dans une large mesure les Etats-Unis le font aussi, à bien plus grande échelle.

Mais pour ce faire, ces pays ont besoin de liquidités permettant d'investir dans les secteurs à risques sans exigence de retour immédiat. Leurs banques centrales les fournissent en grande quantité, sans se laisser paralyser par la peur de générer de l'inflation. D'autres part ces mêmes pays n'hésitent pas à protéger leurs nouvelles industries de la concurrence étrangère, de façon à leur permettre de pratiquer des prix de dumping à l'exportation. Dernier point enfin, peu leur importe que les nouvelles croissances génèrent des inégalités internes à leurs territoires. Les populations restant en dehors de la croissance n'ont qu'à se débrouiller pour s'adapter. Les migrations internes sont encouragées, sinon imposées.

La malédiction pesant sur la France, ainsi d'ailleurs que sur le reste de l'Europe, Allemagne exceptée, est que la construction d'une Europe fédérale, au moins au sein de la Zone euro, qui aurait permis aux pays membres de faire appel aux mêmes solutions que celles de la Chine ou d'autres pays souverains, est encore refusée par une majorité de l'opinion. Aussi volontariste que soit François Hollande, il ne peut à lui tout seul faire appel à la Banque centrale européenne, protéger ses industries et organiser des transferts entre régions européennes de développement inégal. Tout ceci ne pourrait se faire que dans le cadre d'un Etat fédéral.

Dans le même temps, face aux grandes zones géopolitiques mondiales, l'abandon de l'euro par la France, entrainant pratiquement une sortie de l'Union européenne, la laisserait trop petite et désarmée pour espérer le moindre salut d'une souveraineté nationale retrouvée. Il est d'ailleurs vraisemblable qu'il en serait de même pour l'Allemagne, qui hors de la zone euro perdrait une grande partie de ses avantages comparatifs actuels.

Mais pourquoi, dira-t-on, François Hollande, qui est suffisamment informé pour se convaincre de ce qui précède, ne met-il pas toutes ses forces pour convaincre le pays et ses voisins de rompre la malédiction dans laquelle ils s'enferment et s'engager dans la seule voie de salut possible, la voie fédérale. Il y a là un mystère. Espère-t-il que les opinions, face à la crise grandissante, évolueront suffisamment pour envisager de se rapprocher. Mais dans quels délais et de quelle façon? Certains esprits complètement découragés par son inaction, en viennent à supposer qu'il est l'agent de forces anonymes visant à détruire l'Europe. C'est ce que pense un de nos correspondants, à qui je laisse la parole:

« en fait François Hollande et les intérêts qui le soutiennent cherchent délibérément à détruire l'économie et à augmenter le chômage. Pour eux, il s'agit d'aller le plus loin possible dans le démantèlement de l'Etat et du tissu social, en vendant les actifs publics à bas prix au secteur privé et en endettant au maximum l'Etat, à savoir les citoyens puisque ce sont les citoyens qui sont les actionnaires et garants de la société anonyme qu'est devenue la nation. Ils espèrent que la révolte interviendra trop tard pour qu'il soit possible de revenir en arrière. L'exemple de la Grèce est frappant, avec son tissu social tellement désagrégé qu'il n'y a plus de révolte possible. Dans les deux ans qui viennent la France va y passer, au détour de ce fameux répit de deux ans accordé par l'Europe, qu'il faut lire en négatif comme un délai de deux ans pour bien casser le pays ».

Note: On dira que François Hollande, dans sa conférence de presse, a évoqué le besoin d'un gouvernement économique pour la zone euro, un budget propre pour celle-ci, une harmonisation fiscale, un "droit à emprunter" et un président à plein temps. Soit, mais ceci ne nous changera pas beaucoup de ce qui existe. Ou plus exactement, pour que ces mesures prennent leur plein effet, il faudrait organiser une intégration politique, y compris au niveau des représentations parlementaires. Sinon reviendra le règne  d'un Jean-Claude Junker, certes honorable mais paralysé.

17/05/2013
Vos réactions
Dernières réactions
Actuellement, pas de réaction sur cet article!
Votre réaction
Vérification anti-spam
Nom/pseudo*


Email*


Titre*


Commentaire*


* champs obligatoires
Europe Solidaire