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La France, un modèle pour les pays européens ?

Les sondages récents faits en France semblent montrer que l'opinion reprocherait à François Hollande de ne pas tenir les promesses de la campagne. Mais, outre que les sondages sont à relativiser 1), nous ne sommes pas certains que cette opinion soit partagée par tous les observateurs de la France dans les autres pays de l'Union. Il semblerait au contraire que certains d'entre eux, et pas seulement à la gauche des opinions politiques, considèrent que la France, sous la présidence Hollande, offre des exemples dont il serait intéressant de s'inspirer ailleurs en Europe. En tous cas, elle se démarquerait de l'image de plus en plus insupportable qu'elle offrait sous la présidence précédente.

Voyons d'abord les jugements favorables. Nous évoquerons ensuite ceux qui le sont moins.

Au plan positif, nous pouvons citer:

  • L'indépendance réinstaurée du pouvoir judiciaire. A cet égard, la stricte impartialité de l'exécutif, qui lui a même été reprochée lors de l'instruction de l'affaire Cahuzac par les juges, est redevenue exemplaire. Il ne devrait plus y avoir d'affaires, qu'elles impliquent ou non l'actuelle majorité, qui soit comme précédemment enterrée ou indéfiniment différée. Ce point est essentiel, concernant notamment la confiance accordée par les citoyens au régime démocratique. La France devrait à cet égard rejoindre l'exemple de la Scandinavie, si souvent vantée.

  • Une réforme fiscale progressive, bien que jugée encore trop lente ou trop timide par les économistes. L'effort contributif sera certainement plus lourd que précédemment (ceci du à la nécessité de combattre les déficits) mais mieux réparti. En termes de fiscalité des entreprises, différentes mesures visant à aider l'investissement dans les PME entreront progressivement en vigueur.

  • La prise en compte des priorités à donner à l'éducation et à l'innovation. En ce sens, la politique de numérisation par le très haut débit conduite par le ministre Vincent Peillon permettra à l'enseignement de récupérer ses retards par rapport aux autres pays développés. En ce qui concerne le soutien à l'innovation technologique et à la recherche appliquée et fondamentale, une politique publique volontariste est clairement affichée. Reste évidemment, mais cela ne peut pas se faire en 6 mois, à dégager des crédits, fixer des objectifs clairs et compréhensibles par l'opinion, lancer ou relancer les coopérations, y compris avec l'Europe, au sein des aires régionales les mieux dotées en ressources intellectuelles.

  • La volonté de concilier les économies nécessaires au triple niveau de l'Etat, des collectivités locales et du secteur social avec une volonté délibérée de continuer à financer les investissements productifs, quitte à ne pas totalement respecter les niveaux de déficit public imposée principalement par l'Allemagne au sein de l'Europe. François Hollande hésite encore sur ce dernier point à se donner l'aisance nécessaire pour soutenir une véritable relance, non de la demande, mais de l'offre productive. L'exemple des Pays-Bas, qui viennent officiellement de renoncer à la rigueur budgétaire, devrait l'encourager à le faire, sans cesser d'appartenir au club des pays dits vertueux.

  • La volonté de renforcement et de transparence dans la lutte contre la fraude fiscale, le secret bancaire, les paradis fiscaux et les possibilités de corruption. Beaucoup de décisions concrètes restent à prendre. Cependant la volonté semble acquise de ne pas s'en tenir, comme précédemment, aux déclarations d'intention immédiatement démenties par les faits, tels que notamment la diminution constante des personnels affectés au contrôle et à la prévention.

  • Ajoutons un point essentiel, malheureusement perdu de vue par la plupart des Etats européens, celui de continuer à financer la défense nationale et les politiques industrielles qui en sont le support. Ceci permet à la France, seule encore en Europe, d'intervenir à l'extérieur pour la protection non seulement de ses intérêts mais aussi de ceux de ces voisins. Ceux-ci s'illusionnent encore en pensant que le parapluie des Etats-Unis, via l'Otan, pourra les couvrir. Souhaitons qu'ils ne soient pas trop tôt mis en face du désengagement américain...encore que, dirions-nous, le choc serait salutaire.


Au plan des réserves que pourrait susciter l'exemple français, tout au moins chez ceux de nos voisins qui souhaiteraient une politique de construction européenne plus ambitieuse, nous pouvons citer:

  • La timidité dans la politique de réforme du système financier: séparation plus nette entre les dépôts et les fonds spéculatifs, publicité des opérations financières, mise en place d'un impôt européen conséquent portant sur les transactions financières ...Il est vrai que ces mesures ne pourraient aboutir que si elles étaient reprises par l'ensemble des pays de la zone euro. Mais la France pourrait les réclamer plus énergiquement.

  • L'insuffisante clarté de la politique étrangère. Sur ce plan, la France, hors l'intervention bienvenue en Afrique, paraît encore, soit à la remorque des Etats-Unis, soit paralysée par une timidité qui porte tort à l'Europe toute entière. Il est possible que des évènements graves se préparent au Moyen-Orient. Ne faudrait-il pas mieux s'y préparer? De même, les Brics manifestent une volonté d'autonomie et d'unité qui en fera plus encore qu'aujourd'hui le deuxième, sinon le premier pôle mondiale d'influence géostratégique. La France ne devrait-elle pas pousser l'Europe, via le mouvement dit EuroBrics, à définir de meilleurs coopérations stratégiques avec ces puissances? On objectera que l'atlantisme, encore très puissant, tant à Bruxelles que chez nos principaux voisins, ne pousse pas à beaucoup d'ambitions européennes dans ces divers domaines. Mais la France, où subsiste une forte tradition gaullienne, ne devrait-elle pas faire l'effort d'encourager la naissance ou la renaissance en Europe d'une minimum de désir de souveraineté et de puissance?

Finalement, le principal reproche que l'on pourrait faire à François Hollande, en se plaçant non seulement du point de vue français mais du point de vue européen, serait un manque de vigueur dans l'affichage, non seulement des ambitions, mais des résultats. Ceci contraste avec les promesses de la campagne, d'où la déception apparente de l'électorat socialiste, d'où l'agressivité accrue et non fondée de l'opposition, d'où les doutes chez nos amis européens.

Or, comme nous avons essayé ici de le montrer, non seulement la direction est bonne, mais la marche dans le bon sens est bien engagée. Monsieur le Président, faites-le mieux savoir.

1) Pour paraphraser Jean de la Fontaine, que faire dans un sondage sinon s'opposer? « Un lièvre en son gite songeait. Mais que faire en un gite à moins que l'on n'y songe » dans « Le lièvre et les grenouilles ». Finalement, François Hollande ne serait-il pas comme le lièvre de la fable, c'est-à-dire trop timide ?


19/04/2013
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