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Martin Schulz, président d'une future Union européenne de type fédéral ?

Le représentant politique allemand Martin Schulz, actuel président du Parlement européen, présente un certain nombre des qualités nécessaires pour devenir Président de l'Union européenne, si une indispensable réforme des textes européens permettait enfin à un Parlement européen élu au suffrage universel commun d'exprimer la voix des peuples européens face au Conseil européen représentant les Etats. Ce ne serait pas encore l'Europe fédérale capable de tenir tête aux grands puissances mondiales que de plus en plus d'Européens appellent de leur voeux, mais ce serait un premier pas dans cette direction.

Inutile de préciser que le président de la commission européenne (Jose Manuel Barroso) et moins encore Herman Van Rompuy, président du Conseil européen, n'ont la légitimité conférée par le suffrage universel pour parler au nom de l'Europe. Aujourd'hui, le président du Parlement européen, Martin Schulz, élu par ses collègues députés européens (après un accord avec les conservateurs), dispose de beaucoup plus d'autorité pour ce faire. Mais il n'a pas encore le poids politique qui serait le sien s'il avait été élu à un suffrage universel commun (paneuropéen). Ceci à la suite d'une confrontation entre programmes politiques présentés par des partis nationaux se voulant européens, c'est-à-dire mettant l'intérêt de l'Europe au dessus des contingences électorales nationales.

Comme toujours en matière institutionnelle, les réformes doivent être incarnées par des hommes. Mais il faut bien reconnaître que les figures politiques éminentes, capables de représenter l'Europe dans l'esprit de l'ensemble des électeurs des 27 Etats-membres sont rares. Or Martin Schulz pourrait sans difficulté être de ceux-là. Non seulement ses qualités et mérites personnels sont largement connues au sein de l'Union, mais il appartient à une formation politique allemande, le Parti Social Démocrate (SPD) proche dans une large mesure d'autres partis socialistes, notamment du Parti Socialiste français, et des partis Verts de divers pays. Au Parlement européen, le SPD a contribué à construire le Parti Socialiste Européen, élargie en 2009 en Alliance progressiste des socialistes & démocrates au Parlement européen (S&D), à qui la crise actuelle met le vent en poupe.

Sans être « révolutionnaires », SPD allemand et PSE - S&D européen proposent des réformes économiques et politiques bien caractéristiques des exigences de la social-démocratie autour desquelles l'Europe devra se reconstruire quand sous la pression des nécessités, elle abandonnera le néolibéralisme imposé par les oligarchies actuellement dominantes en Allemagne et dans un certain nombre d'autres pays. Si, à la suite des futures élections allemands, le SPD l'emportait sur la CDU d'Angela Merkel, la voie serait libre pour que les diverses forces dites de la gauche européenne se regroupent et deviennent majoritaires non seulement au sein du Parlement Européen mais dans l'opinion.1)

Cela donnera à François Hollande une possibilité unique d'inscrire dans une perspective européenne indispensable les différentes réformes qu'il propose actuellement contre la fraude fiscale ou la récession économique. Mais il faudrait aller plus loin, dans l'esprit des euro-fédéralistes qui anime ce site. C'est-à-dire qu'il faudrait selon nous que les diverses forces de gauche européenne, entre autres, soutiennent le passage progressif à une Union fédérale, le cas échéant limitée dans un premier temps aux membres de l'Eurogroupe. Une telle Union supposerait, sur le modèle américain  qui a fait ses preuves, un Parlement élu au suffrage universel commun et un Président élu de même

Or pour incarner cette future Union fédérale, sur quelle personnalité les partisans du renforcement de l'Europe pourraient-ils aujourd'hui s'appuyer, afin d'encourager sa candidature à la présidence ? La question se pose à tous les fédéralistes. A ce jour, les noms possibles ne se bousculent pas.  Ni un Français ni un Britannique ne serait accepté. Un représentant des pays méditerranéens serait refusé pour d'autres raisons. Resterait un personnage provenant des ex-pays de l'Est. Mais il aurait du mal à être représentatif. Quant à un Allemand, il polariserait toutes les craintes concernant  la renaissance d'un impérialisme rhénan.

Sauf peut-être "papa Schulz". Pour nous Français, ce rhénan est social-démocrate, francophone et sans doute francophile. D'où la raison pour laquelle nous lui avons consacré ce petit article, afin de contribuer à mieux le faire connaître.

1) Ceci dit, au plan international, ne nous faisons pas trop d'illusion sur Martin Schulz. Il est (presque) aussi atlantiste que ses collègues de Bruxelles. Cf ce texte du Journal du Siècle. Mais comme président d'une Europe de gauche il réagirait peut-être différemment . http://lejournaldusiecle.com/2012/11/30/europe-usa-bruxelles-travaille-a-la-creation-du-grand-marche-transatlantique-pour-2015/

* Ecouter Martin Schulz lors de son intervention sur France inter le 12/04/2012, qui n'a pu que réjouir François Hollande:  L'Europe va-t-elle en finir avec le secret bancaire ?

http://www.franceinter.fr/emission-linvite-leurope-va-t-elle-en-finir-avec-le-secret-bancaire
http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=609590

Post-Scriptum au 13/04/2013

Un de nos amis, bon expert du sérail Bruxellois, nous écrit ceci:

Votre analyse est excellente et recoupe les pronostics bruxellois, à ceci près que Schulz  est plutôt perçu , et d'abord par lui-même, en remplacement de Barroso, à la tête de la Commission.

Quelques considérations complémentaires:

- d'abord  la personnalité même de "papa Schulz" comme on le surnomme -avec sympathie. 1. Comme vous l'écrivez, ce rhénan est francophone et, qui plus est, francophile. 2. Il représente effectivement le recentrage actuel du PE en matière économique et budgétaire par rapport aux Etats. 3. Dans le climat actuel, et pas seulement parce que c'est la position du SPD, il représente une redécouverte de la croissance contre l'austérité, position largement majoritaire en France ( "Vous connaissez les débats qui ont lieu au sein de l'Union européenne pour savoir comment sortir de la crise actuelle et les discussions qui ont entouré la préparation du budget européen pour les années à venir. Faut-il continuer dans la voie de l'austérité au niveau des politiques économiques nationales et  se contenter d'un budget de l'Union plus modeste ? Ou doit-on au contraire, comme je l'ai défendu, assurer la capacité de l'Europe à préparer son avenir en encourageant davantage les investissements et les politiques de croissance au lieu de politiques d'austérité? " Discours de Tanger du 12 Avril). 4. Même malmené par François Hollande, le couple franco-allemand demeure important  dans la répartition des postes et, d'après les couloirs de Bruxelles, si la majorité PPE/SOC reste à peu près la même après le 25 mai 2014 -et compte tenu de l'équilibre politique allemand à la suite des prochaines élections générales de Septembre - Schulz pourrait donc être proposé à la place de Barroso -hors jeux- à la tête de la Commission.

Surtout si le PPE demeure le 1er Groupe du PE, son Président, notre compatriote Joseph Daul , qui vient de déclarer sa candidature, apparait comme le mieux placé pour le Présider. D'autant plus, diront les « bookmakers » européens ...qu'il « libère «  un poste important, celui de Président du PPE.

5. En attendant le Président de l'Union Européenne que nous réclamons, le Président du Conseil Européen reviendrait plutôt à un ex chef de gouvernement, comme le polonais Donald Tusk ou le letton Dombrovskis (que le PPE vient de soutenir pour la Présidence de la Commission)

Dans le jeu de chaises musicales des grands postes, et avec l'énorme marge d'incertitudes que contient la prochaine élection européenne, dans un climat de plus en plus eurosceptique, la gauche pourrait "préempter" les deux postes importants de Président de la Commission (hypothèse Schulz, Allemagne) et de l'Eurogroupe (Dijsselbloem, Pays Bas). Le centre-droit continuera à occuper la présidence de la BCE (Draghi, Italie) jusqu'en 2019, voire, comme indiqué (hypothèse Daul) celle du Parlement Européen.

Dans le jeu des pronostics, resterait la Présidence du Conseil Européen, plutôt destinée, dans ce schéma aléatoire, à une personnalité de l'Europe orientale -ainsi que la désignation du Haut Représentant pour laquelle nos amis britanniques sauront , nul n'en doute, se faire entendre.

Mais, voyons d'abord, ce qu'en penseront les électeurs...

12/04/2013
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