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OMC. Le petit bout de la lorgnette

Les négociations engagées depuis neuf jours à Genève pour tenter de trouver un accord dans le cadre de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) ont échoué mardi 29 juillet faute d'accord. On pouvait s'en douter. Aussi utiles que soient les discussions visant à diminuer les barrières douanières sur un plan multilatéral, elles ne peuvent se substituer à des décisions de politique économique globale que malheureusement aucune organisation internationale suffisamment puissante n'est actuellement en état de mener.

Nous ne sommes pas de ceux qui tempêtent contre l'OMC au prétexte que celle-ci favorise un néo-libéralisme destructeur. Il faut bien voir en effet que sans OMC, les Etats forts, comme les Etats-Unis ou la Chine, obligeraient les autres à des négociations bilatérales se faisant au détriment des faibles, de façon bien plus pénalisante pour eux que celles résultant d'accords multilatéraux à l'OMC. Ce sont ces Etats forts qui imposent  le dogme  du néo-libéralisme, c'est-à-dire, selon le mot fameux, la liberté du renard dans le poulailler,  et non l'OMC. L'OMC vise en principe, au contraire, à élargir le cadre des négociations. Il s'agit de  permettre aux Etats et économies faibles, en se regroupant, de se faire prendre au sérieux par les forts. Mais, quand les divergences d'intérêt sont trop grandes, elle ne peut y arriver. Dans le domaine agricole, ce n'était pas l'OMC qui pouvait faire céder les Etats-Unis ou d'autres organisations (y compris l'Union européenne) alors que ces puissances estiment indispensables pour la survie politique de leurs gouvernements de subventionner ou protéger leurs agriculteurs, ceci même si ces subventions ou protections continuent à ruiner les agriculteurs des pays pauvres.

Nous essayons d'expliquer sur ce site que les crises systémiques que commencent à affronter les économies et les sociétés du monde ne peuvent se régler par le recours à davantage de libéralisme, c'est-à-dire davantage de pouvoirs donnés aux forts pour exploiter les faibles. Ceci aussi bien sur le plan agricole qu'en matière d'énergie, de matières premières industrielles ou de production de produits manufacturés. Il faudrait attaquer les problèmes à la source, avec la volonté de les résoudre par une véritable coopération internationale supposant si besoin était des mesures réglementaires acceptées par tous.

La question des famines dans le tiers-monde a depuis longtemps été analysée comme résultant en grande partie de la destruction des agricultures traditionnelles, non seulement par les exportations de produits subventionnés provenant des pays riches, mais par l'obligation faite aux fermiers locaux de développer des cultures d'exportation ne leur rapportant aucun bénéfice. Ce faisant, ils se sont lancés dans la déforestation, l'assèchement des réserves d'eau, l'achat ruineux de semences, engrais et machines fournis par les industriels du Nord...le tout finalement sans succès. Des barrières douanières protectrices leur aurait permis de conserver au contraire les pratiques agricoles (biologiques avant la lettre) qui les faisaient vivre dans les décennies précédentes. Restaurer des agricultures vivrières dans les pays du Sud ne relève ni de la FAO ni en l'état de l'ONU, encore moins de l'OMC. Il faudrait relancer une proposition précédente, restée sans suite, visant à créer au sein de l'ONU une ONU-bis capable de traiter ces questions vitales de sécurité alimentaire, énergétique, sanitaire, grosses de conflits en chaîne. Même en ce cas, rien ne garantit que les pays pauvres pourraient arriver à des accords avec les pays riches, si ceux-ci restaient attachés à leurs égoïsmes patrimoniaux.

Concernant l'échec du cycle de Doha entamé en novembre 2001 au Qatar, on ne peut que remarquer l'hypocrisie des grandes délégations, notamment l'américaine. La représentante américaine au Commerce Susan Schwab n'a-t-elle pas affirmé que  "Dans un contexte de crise alimentaire mondiale, il est ironique que le débat se soit focalisé sur comment et de combien les pays pourraient augmenter leur barrières face aux importations de denrées alimentaires". Comme si ce n'était pas les exportations subventionnées des cotonniers et semenciers américains qui étaient responsables de la destruction des agricultures traditionnelles et poussaient les pays pauvres à se protéger. 

Elle faisait allusion au souhait exprimé par l'Inde de pouvoir fixer un seuil bas pour le déclenchement du mécanisme de sauvegarde en agriculture. Celui-ci permettrait à un pays en développement d'augmenter ses tarifs face à un afflux d'importations de produits agricoles ou à une forte baisse des prix pour ces produits sur son marché. Washington s'y opposait, estimant que le mécanisme pourrait devenir un outil protectionniste. Nul n'ignorait que la rigidité de Washington sur cette question servait à tenter d'échapper à une négociation sur les subventions américaines pour le coton.

Selon un négociateur asiatique, « Les Etats-Unis ne pouvaient se permettre de lâcher du terrain sur le coton et ne voulaient même pas en discuter. En tenant bon sur le mécanisme de sauvegarde, ils savaient que l'Inde ne lâcherait pas non plus et porterait la responsabilité de l'échec".
La position européenne n'était pas claire non plus. Les négociations de Genève ont mis à jour d'importantes divisions au sein de l'Union européenne. Neuf pays, conduits par la France et l'Italie se sont publiquement opposés aux concessions faites par le commissaire européen chargé du commerce, Peter Mandelson qui négociait au nom des 27 pays de l'Union. Il faut dire que ces concessions n'étaient pas balancées par des concessions réciproques dans le domaine des importations de produits manufacturés et de service.

Comme quoi, encore une fois, espérer résoudre les crises systémiques au sein de l'OMC et par la généralisation du libéralisme consiste à voir les problèmes mondiaux  par le petit bout de la lorgnette. Malheureusement, nul instrument plus efficace n'est disponible pour le moment.  
30/07/2008
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