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Obama et l'Europe : 60 ans de retard

L'Obamania sévit en Europe, on se demande bien pourquoi. Les raisons les meilleures seraient le fait qu'il est jeune, noir et dispose d'un sourire ravageur. Voilà qui changerait agréablement des Bush père et fils. Mais en fait, derrière le clinquant, nous allions dire le bling-bling, l'espèce de communion qui s'était établie entre Barak Obama et les centaines de milliers de Berlinois rassemblés pour l'accueillir ne comportait guère de sens capable de renouveler les futures relations entre l'Amérique et l'Europe.

Du côté des Allemands, et plus généralement des fans européens du candidat démocrate, on retrouvait la possibilité de croire en une Amérique qui en fait n'avait jamais existé : la championne des libertés, celle de la rupture du blocus de Berlin, celle, selon les mots d'Obama, porteuse de la "générosité du Plan Marshall pour créer un miracle allemand " et d'une Otan, " la plus belle alliance jamais conçue pour la défense de notre sécurité commune ". 1) Cette Amérique là avait dès le début décidé d'instrumentaliser l'Allemagne et l'Europe de l'ouest toute entière afin d'en faire un glacis à l'Est. Rien n'a changé depuis et seuls des Européens soit naïfs soit intéressés refusent de l'admettre.

L'image de l'Europe que se fait de son côté Obama, et qu'il n'hésite pas à proclamer haut et fort, est dans la suite du rôle que les Etats-Unis avaient assigné à nos Etats à la fin de la guerre : s'engager pour appuyer partout où cela pouvait être utile les stratégies politiques et économiques américaines. Obama a délibérément négligé une visite au siège de la Commission européenne ou du Parlement européen, porteurs sans doute d'une image que les futurs électeurs du sénateur n'aimeraient pas voir évoquer, celle d'une puissance potentielle (oh combien potentielle pourtant) capable éventuellement de ne pas partager les objectifs américains. Au contraire, il a exalté le rôle éminent que l'Europe doit continuer à jouer  pour appuyer les forces américaines en Afghanistan et dans une guerre sans fin contre le terrorisme, renouvelée de Bush. Ce qui, selon les chroniqueurs américains eux-mêmes, lui permettait de laisser entendre  à ses propres électeurs : je quitte l'Irak pour l'Afghanistan, grâce à quoi je pourrai consacrer une partie des dépenses de la guerre d'Irak aux services sociaux américains qui en ont bien besoin. Et pour ne pas porter seul l'effort de la guerre  en Afghanistan, guerre que les experts sérieux considèrent comme ingagnable (à supposer qu'elle  ne s'étende pas au Pakistan) je m'appuie sur les contingents fournis par mes bons alliés européens.

Inutile de dire qu'une telle vision rabougrie, passéiste et surtout mensongère des rapports entre l'Amérique et l'Europe ne devrait pas contribuer à mobiliser les énergies que les deux continents, s'ils s'élevaient au dessus d'elle, devraient mettre au service des crises gigantesques qui s'annoncent. On ne s'étonnera pas que, comme beaucoup d'Européens, nous voudrions chercher ailleurs que dans la relation avec l'Amérique l'avenir de l'Europe. Que ce soit avec Barak Obama ou John McCain, l'Amérique de toujours ne changera pas si elle ne trouve pas face à elle une Europe capable de négocier elle-même des relations de puissance à puissance, incluant  la Russie, la Chine et d'autres, dont pourquoi pas l'Amérique.
Les notes :
  • 1) Lire le discours d'Obama, in extenso, dans Le Monde du 26 juillet 2008…Désolant d'un vide qui n'est même pas cosmologique...
28/07/2008
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