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Plaidoyer pour les Balkans

Concernant les Balkans, lorsque l'on lit la presse ‘‘occidentale'', principalement en réalité du Monde Anglo-saxon influençant celle d'Europe de l'Ouest, on ne peut s'empêcher d'avoir des doutes sur les analyses exposées. Frédéric Beaugeard
Frédéric Beaugeard est un enseignant basé aux Etats-Unis et un géopoliticien.
Ses travaux les plus récents sont les suivants:
2012       Essai: Le Monde Anglo-saxon du XXI° siècle: retour au féodalisme (French)

02/04/2012 Think tank: Europe 2020/ Global Europe Anticipation Bulletin (LEAP 2020)    http://www.europe2020.org/spip.php?article728&lang=fr   04/12/2012 www.Vigile.net, Québec  http://www.vigile.net/_Beaugeard-Frederic_
10/31/2012 Manifeste progressiste pour la défense de la langue française   http://defenselanguefrancaise.org/18.html        
12/19/2012 NewropMag   http://www.newropeans-magazine.org/content/view/13067/371/lang,english/        

 Analyse: Élections au Québec 2012, une conséquence directe de l'effondrement du modèle libéral anglo-saxon  et la porte ouverte vers l'indépendance (French-English), MAP  (LEAP 2020), MAP 7, P18  http://www.leap2020.eu/MAP7-est-disponible-L-avenement-d-un-nouveau-monde-par-Michael-                Timmermans_a12702.html 30/11/2012                                                         

En fait, depuis les différentes guerres dans cette région après la chute du communisme, et sa pseudo-résolution par l'OTAN, des divergences de points de vue vis-à-vis de la situation actuelle, et de ce qu'il serait possible de faire pour faciliter son intégration harmonieuse au sein de l'Union-Européenne, se font de plus en plus pressantes. Une possible nouvelle dérive va-t-en guerre, ou une relation de plus en plus passive-agressive avec l'Union-européenne remettraient en question le processus d'intégration en Europe, ses relations avec la Fédération de Russie, et sa place dans le monde. Une autre évolution de la résolution de ces conflits, responsable et respectueuse des peuples, loin du politiquement correct actuel, y est-elle possible ?

Voilà des années que les accords américano-européens, dont une occupation militaire tout de même, censés stabiliser la région ne produisent pas les effets escomptés. Le conflit a juste baissé d'activité, et les problèmes larvés de la région ont été laissés en suspend. Laissant pratiquement penser, que c'était là le positionnement US depuis le départ pour installer leur influence dans la région (CF: Camp Bondsteel au Kosovo), entretenir la désunion européenne, ou scléroser les relations avec le Monde Slave. Ce qui, comme du temps de la Yougoslavie, ne prépare qu'un prévisible prochain conflit. Beaucoup dans cette région, ne partagent pas l'optimisme général au sujet d'une intégration au sein de l'Union-Européenne, qui miraculeusement résoudrait,  par une identité européenne commune et une relative prospérité retrouvées, les profonds clivages ayant menés aux dernières guerres ethniques et religieuses. L'effet d'empire, c'est-à-dire d'intégration, pourtant volontaire, des diversités en son sein, de l'Union-européenne, n'empêche pas actuellement certaines dérives nationalistes comme en Hongrie, ou xénophobes comme en Grèce (CF: Aube Dorée).

Même un empire autoritaire, ne peut que pour un temps seulement souder en une entité politique viable, des territoires ethniques disparates ayant des dissensions culturelles, religieuses, et territoriales (CF: Empire Ottoman, Austro-hongrois, Yougoslavie, URSS). L'intérieur de ces états constitué d'un patchwork hétéroclite de villages antagonistes plus ou moins homogènes ethniquement, n'offrait pas à sa population, contrairement à l'Europe de l'Ouest lors de son intégration-élargissement, une citoyenneté individuelle, nationale, et supranationale transcendant, et dissolvant, les identités culturelles et ethniques particulières. Comme pour les Rom, sédentaires ou en mouvement, nous avons à faire à des communautés irréductibles, demandant une reconnaissance collective (CF: Grande Migration et domination étrangères). L'histoire tragique des Balkans, depuis au moins le XIXème siècle, l'a prouvée. La montée en puissance de la Turquie, dans l'Union-européenne ou non, retrouvant le lit de l'Empire Ottoman dans la région sur fond de renouveau politique de l'Islam dans le Monde Musulman, ne facilitera pas non plus à l'apaisement.


 La source des troubles passés et futurs a été, et est toujours, de ne pas accepter la légitimité d'un certain ''nationalisme naturel'' de son voisin. L'incapacité à l'époque, des différents protagonistes à raisonnablement partager la région de manière réaliste et viable,  selon leurs territoires respectifs, et à procéder à des échanges de population et enclaves acceptés localement par référendum, a provoqué le bain de sang. Tous ont pensé à élargir leur sphère d'influence, plus fictive que réelle, sans pertes territoriales, au besoin par la force, rompant ainsi tout débat et solution pacifique. La peur, de surcroît, mauvaise conseillère, a promu un nationalisme d'auto-défense exacerbé. Les problèmes de frontières n'ayant pas été abordés depuis, l'épuration ethnique continue toujours d'ailleurs au niveau interne des états avec la normalisation des déplacements de population. Les réfugiés échangeant maintenant légalement leurs propriétés perdues contre celles qu'ils se sont attribuées illégalement. La méfiance et le ressentiment entre voisins règnent.

Dans ces états de cohésion artificielle, le problème est maintenant reporté au niveau de leurs régions internes, ou personne, ni au niveau national, ni même au niveau local, n'est légitimement souverain. Ce nécessaire stade identitaire d'état nation prenant parfois des siècles, contrairement à la situation de la plupart des états précédant le processus d'intégration de l'Union-européenne, ne permet pas la coopération, les convergences nécessaires, et le partage des responsabilités. Cette situation imposée fait fi  d'une vision du bien commun en premier lieu nationale, puis de celle d'une possible communauté de destin supranationale. Qui a peur d'une grande Albanie, d'une grande Serbie, ou d'une grande Croatie ? La crainte de récompenser les auteurs d'épuration ethnique est fallacieuse. Actuellement, tout le monde est perdant. En quoi le désir d'indépendance des québécois, ou des colonies américaines en leur temps, seraient plus respectables que celui des flamands, des monténégrins, des kosovars, ou des serbes ? Comme lors de toutes les guerres précédentes, la jalousie et le ressentiment, voire un esprit revanchard, se gardent bien de refermer les blessures du passé.

 
 N 'est-il pas temps de faire le bilan, autour d'une table bruxelloise, de cette politique criminelle de l'autruche, et de briser le tabou d'une redéfinition des frontières dans les Balkans, et le reste de l'Europe (voire même aux pays africains issus de la colonisation) ?  La République Tchèque et la Slovaquie se sont séparées à l'amiable. L'Allemagne a été réunifiée. Le Monténégro a accédé, après un référendum, à l'indépendance sans provoquer de nouvelles tensions. L'écosse sera sans doute indépendante, ainsi que la Flandre, et la région Bruxelles-Wallonie peut être rattachée à la France.  L'Espagne se dirige peut être vers une fédération face à ses multiples autonomismes. Ce qu'elle aurait dû faire à la mort de Franco. Une volonté nouvelle de rapprochement, inéluctable et salutaire au niveau du Continent Européen, entre les églises romaines et orthodoxes déjà se fait jour par une certaine coopération concernant la préservation des monastères serbes du Kosovo. La peur d'aller dans le sens des nationalistes agressifs en tous genres est infondée, car tout au contraire la résolution des différents territoriaux pacifiquement par référendums avec l'accord mutuel des états, annihileraient leur cause. L'exacerbation violente  footballistique des clubs mafieux en Serbie ne peut qu'un temps servir d'exutoire aux rêves de reconquête. Surtout quand le sentiment naturel de fierté patriotique n'a aucune autre voie pour s'exprimer face à la constance douloureuse d'une humiliation historique récente (reste la xénophobie, le populisme fascisant, ou l'immigration aux USA ou Londres comme par hasard, face à la déliquescence de la société).

La main tendue d'une Russie frustrée par l'indépendance du Kosovo et le traitement infligé à la Serbie par une Union-Européenne vue à tort ou à raison comme anti-slave et inféodée aux USA, elle-même aux prises au plus haut niveau avec une frange de sa société aux mœurs mafieuse, sans un partenariat renouvelé avec l'Europe dans la région, ne versera que de l'huile sur le feu (le blanchiment d'argent et le processus de respectabilité, s'effectuant en placements en Europe de l'Ouest). Est-il besoin de rappeler, qu'un des seuls motifs serbes valide à la répression au Kosovo, outre la lutte contre l'UCK, était aussi de lutter contre une culture clanique favorisant les mafias, la corruption, la collusion, et les inégalités ? Force est de constater que ce problème maintenant régional, quelque soit le pays, loin d'être résolu va en empirant.


Le rêve historique ''orientaliste'' d'une Bosnie multiethnique à la mode libanaise (ou celle multiculturelle à l'américaine préconisée par l'ambassadeur américain à Paris pour les immigrés des banlieues françaises), a fait long feu, s'il a un jour réellement existé. En Bosnie, par exemple, je ne pense pas que les croates supporteront longtemps encore la réislamisation d'une partie de leur territoire commun avec les musulmans sans se radicaliser eux-mêmes, ni les disfonctionnements des institutions et de l'économie, malgré les tentatives d'établissement d'une ploutocratie locale de politiciens financée par Bruxelles. Et ceci, même au nom de la protection contre l'ennemi commun serbe. Que feront les serbes du Kosovo, en cas d'union à l'Albanie ? La Serbie essaye actuellement de promouvoir la reconnaissance internationale d'une autonomie complète de l'entité serbe vis-à-vis de Pristina, en espérant la détacher un jour du Kosovo. Fort du soutien de la ''Communauté Internationale'', dont ils ont bénéficiés lors de leur coup de force indépendantiste, les albanais peuvent très bien poursuivre dans la voie des revendications identitaires et territoriales par une politique du fait accompli. L'on ne peut demander à tous l'effort de livrer à la Cours Pénale Internationale ses criminels de guerres, et de faire une autocritique humiliante, sans justes contreparties. La peur actuelle, agitée comme épouvantail, d'une grande Albanie, ou d'une Sarajevo cité-état 100% musulmane (malgré tout jeune et cosmopolite), existe, car elle est en fait l'une des possibilités de sortie de crise. La conservation baroque en leur sein, tant en Bosnie que dans la région, de peuples différents ne voulant plus y vivre, et de plus sans acceptation mutuelle, est toxique à long terme, et produira l'effet contraire. Les nouvelles entités à majorité musulmane, ou autres, auront à prendre leur responsabilité, seules, face à leur peuple et à assumer leur engagement envers la modernité. Un divorce à l'amiable, sauvegardant des rapports amicaux, n'est-il préférable à une mésalliance pouvant déboucher sur une tragédie ? Et depuis quand le mariage forcé, ou la "libanisation" de la société ou d'un pays, sont des traditions européennes ?

La peur d'une grande Serbie, devenue enfin prospère et apaisée, est toute aussi infondée. Une petite Serbie humiliée, même intégrée à l'Europe, est plus à craindre. L'Albanie est beaucoup plus diverse que l'on ne pense, les albanais y étant autant musulmans, chrétiens, qu'athées, et sans séparatismes ou nationalisme interne. Ils restent même dubitatifs quant à un rattachement du Kosovo, qui subit depuis la guerre l'influence étrangère salafiste (malgré ''l'autoroute de la patrie'' d'avec le Kosovo). Mais, quand bien même, qui aurait peur d'une grande Albanie, lorsque la Serbie en sortirait aussi renforcée, les serbes de Bosnie et du Kosovo s'y étant rattachés ? Le Monténégro étant déjà, en plus, vu sa composition ethnique, un allié naturel dans la région. Une plus grande Croatie, bientôt intégrée à l'Union-européenne,  de même n'est pas à craindre. Enfin, les zones n'ayant pas eu  d'épuration ethnique récente comme en "Macédoine", les villages albanais du sud de la Serbie, en Bulgarie, ou ailleurs en Europe Centrale, à moins d'une volonté d'échanges mutuels des états, ne devraient pas à priori être concernées. Les petites enclaves non viables car profondément enclavées, séparées de la mère patrie correspondante, non plus. De nouveaux accords frontaliers, clairs, d'état à état, résoudront ces dissensions mineures, tout en apaisant dans certains pays les peurs concernant la poussée démographique albanaise (CF: Israël-Palestine), les problèmes insolubles de représentativité politique mouvante des minorités, ou de solidarité intercommunautaire (CF: Belgique). La question de la diversité régionale pourrait ainsi se déplacer, et s'exprimer de manière positive au niveau culturel, tout en respectant la chartre des droits fondamentaux européens, et vers plus de coopération régionale supranationale (CF : Région Alpine).

Cette région encore instable a le droit de finir son évolution en états-nations viables, plus facilement intégrables dans les futures structures fédéralistes, mais semi-souveraines européennes; et de regrouper de manière cohérente (et démocratique), ses populations. Les identités particulières alors sécurisées seraient capables d'accepter de nouvelles associations supra-identitaires à l'image quelles ont déjà d'elles-mêmes. L'Europe par sa capacité de dialogue a le devoir de faciliter cette réelle et historique résolution des conflits. Ceci pour une construction européenne harmonieuse, indépendante vis à vis de l'ingérence anglo-saxonne facteur de désunion, pour sa grandeur et son intelligence, et ses futures générations qui desservent de vivre son projet constitutif de paix. Elle se doit d'effectuer un rapprochement géostratégique avec la Fédération de Russie, en partenariat égal avec l'OTAN avec la création d'une armée européenne, tant pour ses ressources énergétiques et son capital humain, que pour réunir culturellement le Continent Européen en une puissance politique susceptible d'être un acteur mondial dans le  monde multipolaire qui nous attend. Le Far-East européen est plus encore que jamais à développer face à l'influence chinoise en Sibérie, et à la progression de l'islam radical en Asie Centrale. Les conflits larvés, ou luttes d'influences à Kaliningrad, en Biélorussie, en Ukraine, en Crimée, en Moldavie, en Transnistrie, en Arménie, en Géorgie, en Azerbaïdjan, dans le Caucase Russe, ou même en Asie Centrale, peuvent être résolus par un projet futur d'intégration Europe-Russie (la Turquie appartenant encore à la sphère moyenne-orientale quoi qu'en disent nos amis anglais), en commençant précisément dans les Balkans. L'idéal européen de démocratie sociale, et la sécurité à ses frontières, peut s'étendre aussi à l'est (Union-Eurasienne), comme au sud avec l'Union-Méditerranéenne (et même à l'ouest, via l'Islande et le Groenland, à un Québec indépendant), contre le néolibéralisme anglo-saxon dissolvant les états nations par le communautarisme, les fortes inégalités, ou sa volonté impérialiste de créer une nouvelle Guerre Froide (administration US,  la Multinationale America, ou rêve Républicain ?).

 Une prise de conscience européenne est primordiale, et j'appelle dès maintenant, contre le statu quo dominant, à une évaluation proactive des attentes identitaires des peuples de cette région. D'où cette analyse géostratégique en forme de plaidoyer qui ne cherche ni de tribune, ni à promouvoir un quelconque agenda. Si ce n'est que de représenter sous un jour nouveau, des convictions pro-européennes et sociale-démocrates aux problèmes européens. En cette période de marasme économique (CF: mesures d'austérité/ respect et renouveau des peuples), conséquence d'une imprudente financiarisation de l'économie outre-Atlantique, quels autres événements imprévus pourraient encore déstabiliser une Europe toujours tourmentée par ses vieux démons ?  Le supposé réalisme, que l'on a trop souvent opposé à l'idéalisme aventuriste d'un redécoupage des frontières, n'est dans ce cas précis qu'un attentisme coupable. Un pragmatisme consensuel conscient des enjeux devrait prévaloir pour y faciliter une pacification durable. Gouverner, c'est surtout prévoir. Comme la chute du communisme qui n'a pas été une supposée unilatérale fin de l'histoire, l'affaiblissement actuel des USA et l'émergence de nouveaux acteurs mondiaux et régionaux (Russie-Turquie-Algérie), marquent au contraire le début d'une autre histoire. Une histoire européenne qu'il nous faudra écrire nous-mêmes, ou elle le sera par d'autres malgré nous au sein même de notre continent. 
                                                                                                                                                                             Beaugeard Frédéric
 Illinois, USA, 2013                                                                                                                                                                             


27/02/2013
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