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Djihaddistes, quelle stratégie?

La question se pose à propos de la prise d'otages conduite sur un site gazier algérien par un chef djihaddiste présenté comme averti. A l'heure où cet article est écrit, il est encore trop tôt pour connaître et évaluer les conséquences de ce coup de force.


Mais les premiers commentaires les présentent comme négatifs pour l'Aqmi en particulier et les mouvements islamistes en général. La prise d'otage, dans un premier temps, devrait renforcer la solidarité dont la France regrette aujourd'hui l'absence en soutien de son intervention au Mali.

    * Solidarité entre l'Algérie et la France d'abord. Les deux pays sont également menacés, y compris sur leurs sols, par des mouvements politico-religieux en plein développement. Le temps n'est plus au chacun pour soi, mais à l'union. Encore faudrait-il qu'Alger ait les moyens de ses ambitions. Comment fermer effectivement les milliers de Km de frontières avec le Mali et la Libye? Comment combattre sans provoquer de quasi-guerres civiles les extrémismes musulmans d'origine intérieure qui prospèrent sur son sol? A terme, la même question se posera vis-à-vis de la Tunisie et du Maroc. Le gouvernement islamiste dit modéré au pouvoir à Tunis a déjà exprimé une sorte de condamnation à l'égard de la France qui pourrait être ressentie à Paris comme une trahison, sinon une déclaration de guerre. L'Algérie ne devrait pas pouvoir accepter de telles prises de position.

    * Solidarité entre les divers pays africains concernés par la mobilisation pour l'unité du Mali et contre le Sahélistan qui était en train de se construire. Certes on peut douter de la solidité à terme de l'engagement de ces pays en ce sens, à l'appel de la Cedéao et de l'Onu. Pour le moment cependant cette mobilisation semble se préparer. Il sera symbolique de voir combattre côte à côte les militaires d'une petite dizaine de pays africains. L'unification du continent, si nécessaire vis-à-vis des intérêts extérieurs, chinois mais aussi américains, qui ont entrepris de le dépecer, devrait en sortir renforcée. Les intérêts privés français dits de la Françafrique, qui jouent aussi souvent la division, devront en tenir compte.

    * Solidarité entre les pays européens et la France ensuite. Les Européens qui profitaient de la richesse pétrolière algérienne pour mener des affaires fructueuses sans considération de leur impact géopolitique sont dorénavant désignés par les islamistes comme des ennemis « occidentaux » à détruire. Tant mieux. On dira la même chose des Etats-Unis et du Japon. Leurs ressortissants pris en otages leur donnent à réfléchir. On soulignera d'ailleurs à cette occasion la lâcheté du gouvernement japonais qui affirmait ce matin sans vergogne qu'il fallait « privilégier la négociation », c'est-à-dire céder aux exigences des islamistes pour sauvegarder quelques japonais attirés dans la région pour faire des affaires. Il est vrai que Tokyo est loin du Sahel et que l'islamisation de celui-ci ne l'inquiéterait guère.

    Ces solidarités renforcées devraient en principe être un obstacle aux stratégies de prise de contrôle de l'Afrique menées par les factions djihaddistes et ceux qui les soutiennent. Nous pensons notamment aux monarchies pétro-arabes qui financent à guichet ouvert les achats d'armes et les recrutements de mercenaires. Il serait temps que l'Europe et en particulier la France adoptent une attitude moins bienveillante à l'égard du soutien aux mouvements wahabbites dispensé, en Europe même, par l'Arabie Saoudite et le Qatar (sans parler des Emirats où François Hollande se trouvait avant-hier). Mais, pour paraphraser Lénine, les capitalistes occidentaux sont prêts à financer la corde pour les pendre.

On pourrait donc conclure que si de tels pronostics relativement favorables se réalisaient, il en découlerait dans un premier temps  la reconstruction d'un Etat malien indépendant et laïc (selon le terme employé par un ministre malien sur France inter ce matin) et dans un second temps des alliances stratégiques durables entre l'Europe et l'Afrique. Mais il faudrait alors s'interroger. Les islamistes algériens et leurs émules ont-ils fait une grave erreur de tactique en menant cette prise d'otage en Algérie?

Or beaucoup d'observateurs seront tentés de penser qu'il n'en a rien été. Même si l'opération se terminait mal pour eux, elle donnerait un message à tous les groupes islamistes potentiellement violents existant en Afrique et en Europe. Ce message serait simple à résumer: le temps est venu de passer à l'offensive contre les « Croisés », où que ce soit et sans craindre les échecs et les morts.

Résister à un tel défi, s'il mobilisait les fanatismes religieux au sein de l'eurafrique, serait autrement plus difficile que celui consistant à déployer des militaires courageux, prêts à combattre, fut-ce « au corps-à-corps ».

PS. à 19h le 17/01. Quelles qu'en aient été les conséquences sous forme de vies humaines, nous pensons que l'assaut donné par l'armée algérienne s'imposait. Aucune négociation n'était possible. La France selon nous devrait féliciter Alger.

17/01/2013
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