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Haute-trahison d'Etat ?

Menteurs et trompeurs, haute-trahison d'Etat, ce sont les termes dans lesquels les salariés d'ArcelorMittal jugent la façon dont l'Etat français a cédé devant toutes les exigences de Mittal et renoncé à une nationalisation qui pouvait changer la donne, non seulement de l'acier en France mais plus généralement du poids de l'Etat face au capitalisme financier.


Pour ce qui nous concerne, nous ne pouvons que partager cette condamnation, comme l'a fait ce matin Marie Noëlle Lienemann sur France inter – la seule voix qui ne reprenne pas en chœur, sur cette chaine comme sur les autres, le discours dominant des avocats du Système. Sachant qu'ils ne pourraient et ne voudraient pas obliger Mittal à céder, ayant donc laissé croire le contraire, ce devrait être non seulement Montebourg mais le Premier ministre qui devaient démissionner. A quoi bon en effet rester au gouvernement si la gauche au pouvoir ne fait pas autre chose que la droite? Si l'on admet d'emblée que les Etats ne peuvent rien imposer au capitalisme international, il était en effet honteux – le mot est faible – de faire croire aux « hauts-fournistes » français que le sauvetage de l'acier était possible.

Or il est faux d'affirmer que les Etats ne pourraient rien imposer aux détenteurs du pouvoir financier, si des exigences de survie l'imposaient aux sociétés européennes. Celles-ci sont face à deux forces qui laissées libres d'agir, ne laisseront aucune chance aux Européens, sinon rejoindre le tiers monde, avec un cinquième de la population en dessous du seuil de pauvreté. Ces deux forces sont d'une part les fonds spéculatifs chinois et arabes qui ont acquis des milliers de milliards de réserve du fait de la collaboration des élites occidentales, et d'autre part les milliards de sans-emplois asiatiques et africains qui ne demandent qu'à venir remplacer les « riches » salariés européens. Les fonds spéculatifs cherchent à acquérir tout ce qui reste de potentiel industriel et scientifique en Europe, bien évidemment pas pour relever le niveau des salariés du tiers-monde, dont ils se moquent éperdument, mais pour s'emparer à leur profit de ce potentiel. 1)

Il est inexact par ailleurs d'affirmer, comme le font la plupart des socialistes en France répétant à l'envie le discours de Mittal relayé par les économistes « officiels », que la filière acier n'a plus d'avenir en Europe. L'acier et ses dérivés demeurent une valeur stratégique. Nous aurons toujours besoin de tôles, car les polyesters ne peuvent tout remplacer. Et demain, quand il faudra construire les grands barrages qui s'imposeront contre la montée des eaux, où ira-t-on acheter l'acier nécessaire? Bien plus, la filière acier, si elle évolue, constitue aussi un facteur d'avenir décisif pour toutes les industries mécaniques civiles et de défense, y compris le rail et l'industrie navale. Mais pour évoluer, l'acier a besoin d'investissements importants, à l'échelle européenne (comme c'était d'ailleurs envisagé), ne pouvant pas rapporter de bénéfices rapides. Mittal et ses semblables, en Inde, au Brésil, en Chine, ne feront pas ces investissements au profit des Européens mais au profit des Pouvoirs qui les soutiennent. Pour ce qui nous concerne, il ne pourra donc s'agir que d'investissements publics, bénéficiant d'avances à taux zéro de la Banque centrale européenne.

Si les Etats européens, à commencer par la France, ne remettent pas en cause les règles de la mondialisation financière, ils peuvent se préparer à perdre tous leurs atouts. Que l'on réfléchisse au cas de l'agriculture, présentée par le gouvernement français comme un facteur de puissance devant être soutenu à l'échelle européenne. Pourquoi ne pas tolérer avec l'agriculture européenne ce que l'on admet du capitalisme financier dans le cas de l'industrie? Autrement dit, accepter d'étendre la spéculation mondialisée au secteur agricole, appeler des fonds spéculatifs chinois ou arabes  à racheter les terres, renvoyer les exploitants actuels et les remplacer par de la  main d'oeuvre asiatique, encourager les nouveaux propriétaires à introduire des pratiques industrielles et chimiques massivement destructrices pour augmenter les rendements, demander à l'Etat de verser des indemnités de chômage a minima aux anciens exploitants, et finalement laisser les fonds spéculatifs, une fois qu'ils se seront donné une situation monopolistique, déstabiliser à leur profit les bourses de produits agricoles. C'est ce qui se fait à grande échelle en Afrique, et commence à se pratiquer dans le vignoble en France, avec la complicité de quelques propriétaires et maires ne voyant pas plus loin que le bout de leur nez.

Pas de limites aux sacro-saintes règles dites du marché, n'est-ce pas?

1) Faut-il rappeler que les 2 trillions (ou presque) de dollars accumulés par les fonds chinois et pétroarabes ont été en grande partie constitués par le désintérêt des occidentaux  vis-à-vis des investissements industriels ou en énergie renouvelables qu'ils auraient pu faire chez eux. Ils permettront à ces fonds d'acheter toutes les entreprises occidentales à vendre. D'autre part la population des centaines de millions de chinois et d'indiens en bas de l'échelle des revenus constitue une armée de réserve toujours susceptibles d'être utilisée par les multinationales occidentales pour produire à bas coût en Asie et accumuler des bénéfices, d'ailleurs non déclarés et donc non imposés. Rappelons l'exemple emblématique de Apple. Les “élites” occidentales entretiennent dans la mesure de leurs moyens cet état de fait, dont elles profitent au  détriment de leurs peuples (si l'on peut utiliser ce terme ).

03/12/2012
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